[dvd:] Jean-Louis Comolli

28 Déc

Ed. Montparnasse

Ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, Jean-Louis Comolli est un touche-à-tout qui s’illustre en tant que scénariste, réalisateur, avec même un passage comme acteur, chez Godard et Rohmer. Pour rendre compte de son travail documentaire, les Editions Montparnasse éditent quatre de ses œuvres, portraits de groupes ou singuliers, réalisés entre 1991 et 2000.

Ainsi, on assiste au travail solitaire et intellectuel de Pierre Riboulet, qui tente de faire sortir de terre un hôpital pour enfants. Presque entièrement tourné dans le bureau de l’architecte, ce tournage intimiste montre une pensée qui se déplie, qui s’épanouit dans les contraintes. Un monde réel intellectualisé, qui finit par se réaliser en dessins et maquettes au 1000e. Où sont les enfants toutefois dans cette heure de réflexion ? Beau sur esquisses, fonctionnel, dans le budget, qu’en sera-t-il du bâtiment une fois que les couloirs seront habités par les occupants ? A quel moment prend-on l’avis de ceux qui seront amenés à y travailler, à y être soignés ?

L'architecte Pierre Riboulet

Autre portrait, celui de l’historien italien Carlo Ginzburg, qui a mené un dur combat pour dénoncer un procès qu’il estimait injuste. En 1972, à Rome, un commissaire de police est abattu en pleine rue. Trois hommes sont arrêtés en 1988, jugés et condamnés pour ce crime. Parmi eux, Adriano Sofri, membre de Lotta Continua, un mouvement communiste révolutionnaire. Ginzburg est persuadé que les trois accusés sont innocents et que le procès a été truqué. A l’aide des transcriptions des audiences et des dépositions faites aux policiers, Ginzburg démontre sa vérité. Comolli y ajoute des archives télévisées, qui donnent l’ambiance de l’époque. Rien ne semble pouvoir décourager Ginzburg dans sa quête. Un engagement dont l’exposition est toutefois desservie par l’inégale qualité technique des prises de son et d’images.

A la Sécurité Sociale

Aux combats solitaires répondent les œuvres de groupes. A commencer par cette immersion dans le quotidien des salariés d’une Caisse de la Sécurité Sociale. Au services courrier, tarification des accidents du travail, invalidité, les employés se débattent avec les dossiers. A tour de rôle, ils se confient sur l’évolution du métier, leurs soucis, leurs espoirs déçus, leur jeunesse passée, leurs ambitions. Un document touchant qui, le temps a passé, permet de prendre le pouls d’une autre époque. Des effets de mise en scène pas toujours très heureux (des interviews répétés d’employés faisant les cent pas), n’empêchent pas la complicité qui s’installe entre le spectateur et les employés.

Enfin, le clarinettiste Michel Portal, répétant un concerto de Mozart, a les honneurs du documentariste. Plus abouti techniquement, irréprochable sur le son, plus coloré, ce dernier portrait illustre la quête créatrice, mélange d’intuition, d’une lente maturation et d’un travail étalé sur de longues journées. Comment des musiciens qui ne se connaissent par parviennent-il, au final, à interpréter une œuvre complexe, livrant une émotion chorale ? La vision de Comolli, qui travaille par sédimentation, convenait tout à fait au sujet qu’il a choisi.

Un bonus de 27 minutes permet de voir Jean-Louis Comolli devisant notamment avec Patrick Leboutte (critique et essayiste) sur le cinéma, la manière de filmer, la relation réalisateur et sujet du documentaire, les révolutions technologiques et leur impact. Une discussion à bâtons rompus entre passionnés.

Franck Mannoni

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