[cinephilie :] Cyril Mennegun

5 Jan

Cyril Mennegun, auteur de quelques documentaires remarqués dont Tahar l’étudiant (2005), était à Strasbourg pour présenter son premier long métrage de fiction, Louise Wimmer (sortie le 4 janvier 2012).

La Louise du titre est une femme divorcée de presque 50 ans qui vit dans sa voiture en attendant l’attribution d’un hypothétique appartement et qui surnage grâce à son emploi de femme de chambre à mi-temps et à quelques astuces. Mais Louise, interprétée par l’impressionnante Corinne Masiero, de tous les plans, n’est pas une petite chose sur laquelle on s’apitoie et le film, à l’avenant, évite soigneusement la chronique sociale tendance misérabiliste. Non, on suit cette femme pleine de mystères dans ses galères, dans ses échanges amicaux ou amoureux, dans ses occasionnelles beuveries, dans ses petites victoires, dans ses moments d’exultation ou de pétage de plombs, et c’est assez classe, ça a de la gueule.

Se prêtant au jeu de la cinéphilie, Cyril Mennegun réagit aux films suivants, une sélection qui s’amuse à essayer de trouver des cousines, des sœurs à Louise Wimmer. Ou pas.

WANDA (Barbara Loden)

C’est un film que j’ai découvert très tard. A sa sortie en DVD en fait. Parce qu’il est ressorti grâce à Isabelle Huppert, qui est une autre femme que j’adore –spéciale dédicace : si vous voulez travailler avec moi Isabelle Huppert, je suis à vous ! Mais Wanda, Barbara Loden, oui, qui est avec Une femme sous influence le portrait de femme qui m’a peut-être le plus profondément marqué : je pense qu’il y a un peu de ses deux femmes-là à l’intérieur de Louise Wimmer. Oui, voilà, ce film m’a profondément marqué parce que pareil : une femme dans un monde d’hommes, livrée à elle-même, soumise à la violence des choses et à sa propre folie. C’est un film magnifique.

ROSETTA (Luc et Jean-Pierre Dardenne)

Rosetta n’est pas la petite sœur de Louise Wimmer. Mais il y a quelque chose qui m’a marqué dans les films des frères Dardenne, peut-être encore davantage dans Le fils que dans Rosetta, qui est la vivacité et la vitalité de la relation entre le personnage et le spectateur. C’est-à-dire cette façon d’être collé à l’Autre et de faire vivre une expérience sensorielle très forte qui devient une expérience humaine. Voilà, Louise a des qualités qui s’approchent de ça, mais avec un tout autre mode de filmage. C’est complètement autre chose, mais oui ce sont des films qui m’ont donné envie de faire du cinéma, évidemment.

SUE PERDUE DANS MANHATTAN (Amos Kollek)

Donc autre film du panthéon des films sur une femme, sur une héroïne atypique. Là, j’y verrai un petit point commun, parce que c’est aussi un film qui m’a marqué évidemment, j’y verrai un petit point commun avec Louise, qui est : l’héroïne atypique. Complètement atypique. Un visage qui sort de nulle part, un corps étrange, une attitude étrange. Mais Sue perdue dans Manhattan, c’est un peu l’inverse de Louise, c’est un peu quelqu’un qui dans le besoin d’amour, se perd. Se perd sans trouver le moyen de se réinventer. Donc c’est un film terrible.

SEUL CONTRE TOUS (Gaspar Noé)

Alors là, on est dans un cinéma qui n’est vraiment pas un cinéma que j’aimerais pratiquer, mais ce film m’a marqué par son intransigeance et sa violence… Enfin, le film ne fait aucun effort, c’est-à-dire il impose quelque chose d’extraordinairement violent et en ça je pense qu’il restera dans l’histoire du cinéma comme un film qui peut vraiment très clairement représenter le fond de son époque. Et c’est un film important, oui. Mais je l’ai vu une fois et je pense que je ne le reverrai pas.

UN PROPHETE (Jacques Audiard)

Alors, Un prophète… Je ne suis pas très objectif avec ce film. Mais je pense qu’indépendamment de la présence de Tahar Rahim dans le film, c’est un film que j’ai aimé ; que j’aurais aimé peut-être sans lui –c’est pas sûr. Mais oui, ça reste un grand film, qui est dans les viscères de son personnage en fait, et j’aime vraiment ça. Qui est aussi quelque part un film qui fait peu de concessions. J’aime beaucoup le cinéma de Jacques Audiard et puis ce film m’a fait découvrir mon meilleur ami en star de cinéma et c’est pour ça, à cause de ça, un film inoubliable.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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