[cinép(h)age :] LE CHINOIS (ép. 5/25)

16 Jan

Un  roman : Le Chinois signé Henning Mankell (2008)

Un film : Le Chinois réalisé par Peter Keglevic (2011)

Dans un paysage de neige, un loup solitaire qui erre dans la campagne s’approche d’un village silencieux. Entre les maisons, il flaire, renifle et sent la mort. Un cadavre. Tout et écrit dans le roman de Henning Mankell, l’auteur suédois créateur des aventures de l’inspecteur Wallander. Mais à ce début très cinématographique, Peter Keglevic a préféré une entame beaucoup plus classique, à la Derrick. Un photographe descend de sa voiture, jette un œil dans une maison et aperçoit un corps étendu. Voilà qui donne le ton de la transposition, ou comment transformer un polar à l’intrigue mondialisée, engagé politiquement, en un long thriller sans relief (deux parties d’une heure trente).

Or, que contient le livre de Mankell ? Tous les ingrédients d’un bon film : en Suède, 19 personnes d’une même famille ont été assassinées la même nuit à l’arme blanche ; une juge  mène une enquête toute personnelle ; la police suit une fausse piste. Le tout est raconté de main de maître dans un style très visuel : un rêve pour n’importe quel scénariste. Mieux : un saut dans le temps emmène le lecteur en Chine au XIXe siècle, puis aux Etats-Unis pendant la Ruée vers l’ouest et enfin en Afrique, au Zimbabwe, de nos jours. Chez Keglevic, la seconde partie est quasiment entièrement consacrée à une traque entre un tueur et la juge devenue gênante. Pire : dès les premières images, on apprend le mobile des crimes.

Silence on tue

Quand on sait que Henning Mankell est un passionné d’Afrique, où il habite, faire une impasse quasi-totale sur l’épisode africain relève de la trahison. D’autant plus que cela ne sert pas le suspense. Car le polar de l’écrivain est engagé : il relate la condition tragique des populations rurales en Chine sous l’ère féodale, l’esclavage des Noirs et des Chinois aux Etats-Unis au XIXe, la dictature du Parti communiste chinois de nos jours et le pillage de l’Afrique. Autant de thèmes gommés à l’écran.

Nous passerons sur le personnage du tueur asiatique, glaçant chez Mankell, ridicule sur pellicule (on appréciera ses chorégraphies psychopathes), sur le comportement du propriétaire d’un hôtel miteux (vieil homme sympathique vs pervers polymorphe), sur une musique angoissante omniprésente alors qu’il ne se passe rien (des voitures roulent, vues d’hélicoptère) et sur les raccourcis permanents qui donnent l’impression que tout est téléphoné (le ruban, fil rouge de l’intrigue).

Surnagent de ce naufrage Suzanne von Borsody, en magistrate crédible et tout en retenue, Claudia Michelsen, dans le rôle de Vivi Sunberg, une policière pour le coup plus intéressante que dans le livre, plus volontaire. Reste Michael Niqvist, (Blomkvist dans le triptyque Millénium de Daniel Alfredson) prête-nom pour l’affiche, qui apparaît quelques minutes au début, qui revient une vingtaine de minutes plus tard pour une pastille et ainsi de suite, un petit rôle.

Que les 576 pages de Mankell semblent courtes face au 180 minutes de son avatar. Littérature 1 – Transposition 0. Pour cette fois…

Franck Mannoni

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