[à l’affiche :] TURN ME ON!

20 Jan

La vie est belle.

Turn me on raconte l’histoire d’Alma, une adolescente de quinze ans dont l’entrejambe crie famine. Elle vit dans un patelin norvégien perdu dans les fjords dont les seules distractions demeurent les moutons, les tracteurs et les arbres. Le sexe est devenu pour Alma une obsession ; elle crève d’envie de faire sa première fois.

Pour assouvir son besoin de sexe, elle utilise le téléphone rose, son imagination et se masturbe presque aussi souvent qu’un mec célibataire. Alma est amoureuse d’Arthur, un adolescent beau gosse qui sait bien jouer de la guitare et qui, lors d’une fête, profite d’un instant intime avec Alma pour… lui montrer sa bite. Le plus naturellement du monde. Geste mystérieux, geste inquiétant. Alma le raconte à ses amies, ses amies posent la question à Arthur, Arthur nie la vérité, Alma est traitée de menteuse. Mais ce jugement va bien plus loin : ses jeunes camarades du lycée offrent à Alma le sympathique surnom d’Alma-la-bite, se retrouve marginalisée et perçue comme une menteuse et une salope…

Adapté d’un roman culte (en Norvège) d’Olaug Nilssen, Turn me on est adapté par la réalisatrice Jannicke Systad Jacobsen qui n’avait réalisé que des documentaires jusqu’à présent. Dans la forme, son premier long-métrage de fiction ressemble à un teen movie indépendant : les acteurs sont recueillis dans le coin où se déroule l’action du film, les mouvements de caméra sont réduits à leur minimum comme pour accentuer l’ennui dans lequel vivent les protagonistes et le ton est constamment décalé sans pour autant transformer Turn me on en une comédie potache. Les enjeux du film sont loin d’être des plus passionnants, on pourrait penser à un American Pie au féminin (en moins con, tout de même), mais la réalisatrice fait le choix de ne jamais dramatiser les situations présentées, de les montrer avec une grande simplicité et de favoriser un format assez court (le film ne dure qu’une heure et quart). Ce qui fait de Turn me on un film très léger, mais qui prend tout de même en compte les difficultés que peuvent rencontrer les adolescents (enfin, pas seulement) : la découverte du sexe et de l’amour, bien sûr, mais aussi la quête identitaire, l’envie de s’évader et la prise de conscience soudaine du monde cinglé dans lequel on vit.

L’adolescence n’est ici jamais représentée comme une phase excessivement torturée et le sexe n’y est jamais montré comme quelque chose de malsain (on n’est pas dans Kids), bien au contraire. La réalisatrice assume la dimension un peu graveleuse de son sujet et n’hésite surtout pas à dévoiler le corps de ses jeunes acteurs (en bref, on voit le sexe d’un môme de 15 ans, et les seins d’une fille du même âge) en les filmant comme quelque chose de finalement très ordinaire. En soi, un film comme Kids peut paraître plus pudique (car on n’y voit rien) que Turn me on, mais la dimension dramatique du film de Larry Clark et le regard qu’il porte sur ses adolescents demeurent tellement puissants que le spectateur peut avoir l’impression d’avoir vu un film très dur et osé. Turn me on montre un peu plus, mais le ton décalé du film et le regard distancié de la réalisatrice font de ce tabou attribué aux corps des adolescents un caprice hypocrite.

On n’est peut-être pas dans Kids, mais par contre, on est un peu dans Du poil sous les roses d’Agnès Obadia et Jean-Julien Chervier, réalisé en France il y a un peu plus de dix ans. Dans Turn me on et Du poil sous les roses, il y a une adolescente en quête de sexe et d’amour (et qui confond les deux), une voix off un peu gnan-gnan (comme peut l’être une gamine de quinze ans) et nous pénétrons dans les fantasmes et délires de l’adolescente avec un ton très décalé. Le film d’Obadia et Chervier a le mérite d’être un peu plus intéressant (car il s’intéresse non seulement au point-de-vue de la fille, mais aussi à celui du garçon, contrairement au film de Jacobsen, ce qui n’est pas forcément un défaut non plus) et surtout beaucoup plus drôle, mais Turn me on possède le même charme, ainsi qu’une sensibilité et une fraîcheur comparable.

Le film de Jacobsen risque malheureusement d’être très vite oublié, faute à un sujet déjà trop souvent abordé ces dernières années, mais aussi en raison d’un certain abus de distanciation. Légèreté est peut-être le terme qui qualifierait le mieux Turn me on, mais le film a le mérite d’être bien rythmé, de ne pas trop ennuyer et de ne jamais se prendre pour plus qu’il n’est.

Rock Brenner

NB : Le film est projeté dans une vingtaine de salles depuis le 18 janvier. Cliquez ici pour voir la bande annonce : http://www.youtube.com/watch?v=RhIiPdKBz0I

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s