[cinéphilie :] Chantal Akerman

24 Jan

Chantal Akerman était à Strasbourg pour présenter son nouveau film, La folie Almayer (sortie le 25 janvier 2012), adaptation libre du roman éponyme de Joseph Conrad (une chronique future dans la série cinép[h]age ?)

Dans un décors de forêt vierge, en un temps encore officiellement colonial, un homme nommé Almayer (Stanislas Merhar) rêve de faire fortune afin de rentrer en Europe offrir à sa fille métisse, Nina (Aurora Marion), une existence de princesse. Chantal Akerman commence magistralement son film par la fin, alors que la folie a fait son œuvre et que le phénix Nina est prêt à renaître des cendres du désastre. C’est très frontal, très beau. Dès ce moment-là et sans flancher par la suite, c’est magnifiquement travaillé tant au niveau de l’image que du son ; peut-être que sur la longueur, la durée se fait un peu trop sentir, mais pour qui a envie d’expérience cinématographique (de cinéma expérimental, presque), c’est un moindre mal.

Chantal Akerman (encore un peu frigorifiée par le temps humide autant que par la fatigue, elle s’en excuse) se prête au jeu de la cinéphilie et réagit aux titres de films suivants choisis en rapport ou en opposition au sien.

TABOU (Friedrich Wilhelm Murnau)

Oui, Tabou de Murnau, ça a été, avec le livre de Conrad, le départ du désir de faire ce film. Avec cette simplicité, cette sensualité… J’adore ces films où c’est presque minimal, mais où on sent tout. C’est d’une beauté fulgurante, Tabou.

AGENT SECRET (Alfred Hitchcock)

Ah, c’est lequel ? (NDLR : celui adapté d’un roman de Conrad). Je viens de le voir : ça se passe en Angleterre, non ? Je ne sais pas quoi en dire… Quand on voit ce film-là après avoir vu les autres Hitchcock : c’est toujours pareil, on attend des metteurs en scène qu’ils fassent le même type de films et là, c’est un film différent et je ne reconnaissais pas MON Hitchcock.

ONCLE BOONMEE (Apichatpong Weerasethakul)

Je n’ai vu que les dix premières minutes, je ne peux pas en parler. Celui que j’ai le plus aimé, c’est celui qu’il a fait avant Tropical Malady –dont j’ai oublié le titre (NDLR : on propose Blissfuly yours, ça colle !)- ce que j’ai aimé surtout dans ce film, c’est que lui (NDLR : un personnage central) est plein de bouton et qu’on ne peut pas le toucher et qu’il y a cette histoire d’amour entre lui et une jeune fille : elle lui caresse juste le sexe, seul endroit où il n’y a pas de bouton. Cette scène est sublime.

PEAU D’ANE (Jacques Demy)

Delphine ! (NDLR : Seyrig, qui joue la fée la plus fabuleuse de l’histoire des fées au cinéma). Et puis l’inceste… C’est très audacieux. C’est un très beau film. Et c’est aussi un père qui aime d’amour fou sa fille, enfin d’amour : comme un homme aime une femme. Oui, c’est un film sur l’inceste et je pense qu’il n’y en a pas eu beaucoup avec ce ton léger là. C’est la force de Demy, il dit des choses très fortes avec l’air de ne pas y toucher.

MELANCHOLIA (Lars von Trier)

J’ai bien aimé. J’ai bien aimé… Ce qui m’a le plus plu dans le film, c’est de montrer une femme malade. Je me suis sentie très proche de cette femme. (NDLR : sourire de l’interviewée et silence, on souligne alors au passage que Melancholia et La folie Almayer ont en commun l’opéra de Wagner, Tristan & Isolde, à quoi Chantal Akerman répond :) ça c’est le hasard –enfin, on dit qu’il n’y a pas de hasard… Mais j’ai aimé cette femme terriblement. Bon, ce qu’il a fait sur le mariage c’est très bien fait, mais le côté très réussi, techniquement, d’un film ce n’est pas toujours ce qui m’intéresse le plus. Mais c’est très rare de montrer le malaise d’une femme de cette manière. Et ça m’a vraiment touché.

DE L’AUTRE CÔTE (Chantal Akerman)

Pas mal. Pas si loin que ça de La folie Almayer… Le film est aussi sur l’Autre. Sur le rêve. Sur « l’autre côté », sur le fait d’être un outcast, quelque part… Oui, ça a beaucoup à voir. Ce sont deux films qui ont des point communs visuellement et sur le sujet. Je les aime tous les deux.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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Une Réponse to “[cinéphilie :] Chantal Akerman”

  1. Patricia mardi 24 janvier 2012 à 221015 #

    Chantal Ackerman, la cinéaste française la plus sous-estimée…
    (après Skorecki, Ackerman et HPG… Bravo CUT, d’utilité publique!)

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