[agitation :] CLINT FUCKING EASTWOOD

25 Jan

Ed. Capricci

Le titre est d’emblée énigmatique. Fucking est-il utilisé pour souligner une dimension sexuelle, pour son côté badass ou pour railler le cinéaste ? L’ouvrage répond par l’affirmative aux trois propositions.

Stéphane Bouquet commence par l’émasculation, poursuit avec le rigorisme, et s’attache à moquer la réception critique d’Eastwood, particulièrement en France. Il est assez salutaire de noter que l’auteur ne souscrit pas à la déification cinématographique du vieux Clint. Le débat critique doit rester contradictoire, et les films récents du dernier des géants sont parfois reçus avec une déférence imméritée.

Bouquet lance d’ailleurs des pistes passionnantes, notamment dans l’analyse du classicisme du cinéaste, de son aspect rassurant, du rapport de la France à cet idéal américain présenté comme déjà mort. Eastwood irait à contre courant d’un cinéma initié dans les années 70, célébrant la puissance du faux. Il s’emploierait, comme ses aînés Ford, Capra, Mann, à rétablir la vérité, quitte à scinder la société dans une vision simpliste et manichéenne.

Dans sa démonstration, l’auteur s’appuie sur des œuvres récentes, postérieures à Impitoyable, postérieures à 1992.

Les concepts sont intrigants, mais ils sont souvent brimés par des jugements péremptoires. J. Edgar est raté. Invictus est balourd. D’autres sont traités de roboratifs et ennuyeux. La forme globale des films les plus récents d’Eastwood est attaquée. Bouquet éructe contre une couleur verte, trahissant le contraste de la photo. Pour qui aura vu et revu Million Dollar Baby, ce constat apparaît pour le moins étrange.

On notera que la démonstration globale est d’ailleurs menée sur le fondement de films mineurs. Les pleins pouvoirs, Space Cowboys, Créance de sang, reviennent avec insistance. L’échange est à peine visé. Lettres d’Iwo Jima est vaguement cité. On peut légitimement s’interroger sur le bien-fondé d’une analyse occultant des œuvres maitresses sur une période de vingt ans.

Si l’ouvrage présente un intérêt certain pour n’importe quel amateur éclairé de l’Homme sans nom, ses arguments judicieux s’avèrent noyés dans une volonté de désacralisation. Il s’agit de faire tomber Clint de son piédestal, quitte à l’attaquer précisément sur les atouts qui l’ont mené au sommet. Bouquet bouscule, parce qu’Eastwood apparaît trop installé, trop iconique, trop institutionnalisé.

L’analyse est forcément partiale, mais on regrettera là un regard trop partiel. D’ailleurs, un élément précis de cette vaste filmographie semble totalement échapper à Stéphane Bouquet : l’humour. A le lire, Clint serait aussi jovial que Dreyer. Il me semble au contraire que la distance par rapport à ses propres figures fait partie intégrante de l’œuvre d’Eastwood.

Greg Lauert

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Une Réponse to “[agitation :] CLINT FUCKING EASTWOOD”

  1. Reda jeudi 26 janvier 2012 à 231105 #

    Quite à lire un mauvais bouquin sur Eastwood, autant lire la bio non autorisée de McGilligan, au moins y’a un vrai travail d’investigation et on apprend quelques trucs -_-‘

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