[cinéphilie :] Patricia Mazuy

26 Jan

Patricia Mazuy était à Strasbourg pour présenter son nouveau film, Sport de filles (sortie le 25 janvier 2012), où une cavalière ironiquement prénommée Gracieuse (Marina Hands qui avance au pas de charge, les bras ballants, et engueule tout ce qui bouge) veut qu’on lui laisse un bon cheval.

Son ancienne patronne ayant vendu la jument qui selon elle lui revenait de droit, Gracieuse trouve à s’employer dans le haras de dressage voisin de la ferme de son père. Là, poursuivie par son obsession, elle se focalise sur un grand cheval qu’une dame fortunée vient de rendre « complètement foutu » : cette femme n’est là que pour mettre le grappin sur Franz Mann (Bruno Ganz), un maître de la discipline que tient sous sa coupe la propriétaire du haras (Josiane Balasko).

Circulation de l’argent, du pouvoir, passions et crises d’ego : Patricia Mazuy l’assure, à partir de là tout peut se raconter. Elle a par ailleurs fait le choix de traiter les personnages et les situations comme dans un cartoon, comme dans un film de braqueurs. Dernier, et non des moindres, parti pris : la musique explosive qui signale les humeurs de Gracieuse… Il y a du (drôlement) réussi et du (tapageusement) raté dans ces propositions ; le film se laisse de toute façon voir, ne serait-ce que pour son côté envers du décors –c’est toujours passionnant d’aller farfouiller dans les coulisses !

Patricia Mazuy se prête au jeu de la cinéphilie et réagit aux propositions suivantes –le premier film, on le reprécise, n’étant pas choisi juste pour son titre…

ON ACHEVE BIEN LES CHEVAUX (Sydney Pollack)

Je l’ai vu il y a très longtemps. C’était un film très dur, très triste et très bien sur la danse. Voilà. Et sur l’argent ! Donc en fait, oui, ce n’est pas idiot. Je n’y avais pas pensé. Le sport et l’argent.

CAVALIER SEUL (Delphine Gleize et Jean Rochefort)

Je voulais le voir et je ne l’ai pas vu. Mais je peux quand même dire des trucs : c’était sur l’entraîneur de Marina, quand elle était en équipe de France (NDLR : Marina Hands était cavalière de sauts d’obstacles ; Cavalier seul est consacré à Marc de Balanda, père de celui dont semble parler Patricia Mazuy). Et Gilles de Balanda, l’entraîneur en question, était un élève, au dressage, de Patrick Le Rolland qui est celui qui a inspiré le rôle de Franz Mann. Voilà. Mais sur le film je ne peux rien dire, je ne l’ai pas vu.

BLACK SWAN (Darren Aronofsky)

C’est un film avec lequel j’ai beaucoup de mal. Je déteste ce film. Je trouve que Nathalie Portman est prodigieuse dedans, mais je trouve que c’est horrible le rôle qu’ils ont donné à jouer à Barbara Hershey. Le rapport des danseurs à la danse n’est pas celui-là : il y a de la joie, pas que de la souffrance et de l’anorexie. Je n’y crois pas une seconde. Ce qui est assez réussi, c’est la chorégraphie de Benjamin Millepied, mais c’est tout. Après, si vous voulez, j’aime bien les films de genre, mais les petites plumes de cygne noires qui lui poussent sur la peau, là, ça ne marchait pas. Je préfère vraiment voir Planète Terreur de Robert Rodriguez quinze fois que de voir une deuxième fois Black Swan.

SEPT HOMMES A ABATTRE (Budd Boetticher)

Effectivement, c’est un film que j’ai vu pendant la préparation. Ça n’a rien à voir au niveau de l’histoire, mais par contre Budd Boetticher m’a beaucoup appris. Parce que au fur et à mesure où on préparait le film, je voyais qu’on n’allait pas avoir assez d’argent, donc que j’aurai très peu de temps de tournage. On a tourné très vite, un peu comme un film d’action, et j’ai regardé des films tournés comme ça, en cherchant… Moi je ne monte pas à cheval, je ne suis pas spécifiquement une fan des chevaux –c’était important que le film puisse parler à des gens qui n’aiment pas les chevaux : ça se passe dans le milieu du cheval, mais ça pourrait se passer ailleurs, s’il y a de l’argent et de la passion mélangés, et de l’ego, alors là ! Et donc, en tout cas, Budd Boetticher était un cavalier avant d’être un cinéaste, c’était un cavalier tauromachique. L’équitation tauromachique c’est du dressage, c’est de la haute école, c’est des pirouettes, c’est des pas de côté parce qu’il faut éviter le taureau. Le dressage venait de la guerre, et l’équitation tauromachique c’est la guerre avec le taureau. Et en fait, Budd Boetticher est rentré dans le cinéma comme conseiller équestre, pour un film qui s’appelle Arènes sanglantes de Rouben Mamoulian. Sept homme à abattre, je ne le connaissais pas –j’avais déjà vu il y a longtemps des westerns faits par lui- et j’ai totalement flashé sur Lee Marvin dedans ! Je le trouve super sexy, donc je me suis dit : Bruno Ganz doit être super sexy aussi. Et j’ai volé, en hommage à Lee Marvin, le petit foulard vert qu’il a autour de son cou de méchant et je l’ai collé à Marina. Pour remercier Lee Marvin et Budd Boetticher de m’avoir montré un peu comment filmer des chevaux. C’est-à-dire très simplement. Le plus simplement du monde.

SAINT-CYR (Patricia Mazuy)

Euh oui. Ça n’a pas de rapport, à part qu’il y a un personnage de femme forte dedans. Mais si vous voulez, une fois qu’on a dit ça, on a tout dit. Après, ça n’a rien à voir. Saint-Cyr est un film qui, je pense, à des super trucs, mais c’est un film à la fin triste. Sport de filles est un film qui me fait plutôt marrer. C’est plus rock’n’roll. Le lien qu’il y a quand même, c’est que c’est sur Saint-Cyr que j’ai commencé à travailler avec John Cale sur la musique et qu’on s’est vraiment éclatés. C’est pour ça que là, je lui ai dit : est-ce que tu es OK pour venir faire un peu de musique ? Parce qu’il n’y en a pas beaucoup, mais elle est hyper importante. Et il a bossé comme une bête, parce que le plus simple c’est souvent le plus dur à faire. Et voilà quoi : là c’est guitare électrique, cloche au synthé, mais ça a été tout un long chemin en lui-même pour que la musique rende compte du côté obsessionnel du dressage qui peut, à un moment donné, remplir tellement les gens qui le pratiquent que ça les absous de tous rapports avec les autres. C’est ça que Gracieuse dit au palefrenier à un moment, elle lui dit : tu ne peux pas comprendre, quand on a ça, on n’a pas besoin du reste. La musique m’aidait à faire ces cercles-là. Voilà, le rapport entre les deux films est un rapport de travail, de fabrication.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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