[à l’affiche :] MILLENIUM

29 Jan

Pour joindre sa mère, Daniel Craig compose le 007.

Le choix d’adapter ce premier segment du Millenium de Stieg Larsson apparaît quelque peu surprenant pour un cinéaste comme David Fincher. Depuis quelques années, ce dernier semblait opter uniquement pour des projets exigeants, avant-gardistes, singuliers. Il allait précisément là où il n’était pas attendu.

En portant à l’écran un polar classique, best seller international, Fincher n’opte pas pour la nouveauté. Il synthétise plutôt deux anciens succès, fait communier le thriller glauque façon Seven et le film d’investigation journalistique apparenté à Zodiac. Sur ces deux titres précis, il avait marqué le cinéma, redéfini un genre, repoussé certaines limites graphiques ou narratives.

Millenium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes n’offre pas ces possibilités. Le récit n’a rien de novateur, et son principal intérêt réside dans un personnage féminin original et outrancier.

Fincher s’attache donc à Lisbeth Salander, icône punk geek, fouille merde brillante, anorexique et asociale. Il réussit particulièrement son personnage, et n’use d’aucun artifice pour le rendre un tant soit peu glamour. Lisbeth devient la cible et le rempart de toutes les misogynies. Cette haine des femmes, évoquée dans le titre, perdue au sein d’un roman trop vaste, éclate autour du personnage interprété par Rooney Mara.

C’est probablement là que se trouve le cœur du film.

Le polar enneigé serait presque anecdotique. Ce qui transpire habilement, c’est ce féminisme forcené qui détaille un long calvaire, de la Suède des années 50 qui s’extirpe péniblement de ses relents de nazisme au modèle social contemporain. Harriet et Lisbeth sont deux faces d’une même pièce, deux électrons libres qui tentent d’échapper à divers sévices passés sous silence.

Fincher recrée ainsi parfaitement le rapport inversé entre Craig, Daniel Craig, sans Vodka Martini mais avec le mutisme de rigueur, et la punkette sans sourcils. Elle prend les décisions, elle s’arroge le pouvoir sexuel. Il subit, il s’émascule, et il libère, presque malgré lui, les femmes opprimées.

Le film s’étend donc sur 2h40 pour réviser les rapports humains. Il n’est toutefois jamais ennuyeux, et en cela, il convient de saluer le travail d’adaptation de Steven Zaillian.

Le scénariste américain est une référence essentielle sur le point de la structure d’un long métrage. Dans le cas présent, il tronque le roman de ses atermoiements financiers, et clôt en une poignée de scènes une interminable résolution en cascade.

Le film de David Fincher est long, mais il a, au contraire de son modèle littéraire, le mérite de ne pas s’égarer, de cibler un propos bien exposé dans le titre et de ne pas s’en détourner. Le grand cinéaste américain n’enrichit pas sa filmographie d’un nouveau chef d’œuvre. Il signe toutefois une œuvre solide et maitrisée.

Greg Lauert

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