[cinép(h)age :] LE NARCISSE NOIR (ép. 9/25)

13 Fév

Un livre : écrit par Rumer Godden (1939)

Un film : réalisé par Michael Powell et Emeric Pressburger (1947)

La romancière britannique Rumer Godden (1907-1998), qui a vécu en Inde, a situé une bonne part de ses romans dans ce pays de l’Empire. Narcisse noir, son troisième ouvrage, n’échappe pas à la règle. Il condense tout l’univers de Godden.

En effet, dans la partie montagneuse du pays, une petite communauté de religieuses catholiques s’installe dans un palais abandonné. Elles sont confrontées au rude climat (dans la chaleur comme dans le froid), aux coutumes locales qu’elles ne comprennent pas, aux tensions qui naissent entre la rigueur de la règle monastique et la vie au contact des populations.

Deux personnages féminins à fort caractère s’opposent. Sœur Clodagh, la jeune mère supérieure, dure, jusqu’à la méchanceté et qui va lentement s’adoucir face à l’adversité et sœur Ruth, fragile, passionnée, qui fait le mouvement inverse, jusqu’à la folie meurtrière. Ce qui unit les deux êtres : le refus d’assumer leur passé (sœur Clodagh s’est engagée dans les ordres par dépit amoureux) et leur désir (toutes deux, à leur manière, s’éprennent de monsieur Dean, un Occidental bravache, qui les aide et les conseille).

Narcisse noir a été un best seller. Il doit son succès à une très belle narration, qui laisse imaginer les paysages somptueux, tout en signifiant à chaque fois la quasi impossibilité d’y vivre pour des étrangers naïfs. Le lent glissement de sœur Ruth dans la folie est aussi admirablement maîtrisé. Le personnage de Dean, séducteur, provocateur, se révèle finalement plus chrétien dans ses propos que les sœurs elles-mêmes, drapées dans leurs guimpes et leurs règlement aveugle.

Katleen Byron (Ruth en haut) et Deborah Kerr (Clodagh en bas)

Quand Michael Powell et Emeric Pressburger s’emparent du roman, ils décident de tourner entièrement en Angleterre et de construire tout le décor, dont le vaste palais. Autre prouesse technique et artistique : les paysages sont peints. Le Technicolor fait le reste. Pour un résultat kistch ? C’est tout le contraire et les superbes images viennent renforcer la puissance dramatique du livre, pour le coup dépassé par le travail cinématographique. Dans les couloirs sombres du couvent, les drapés flottent sous une nuit de lune, jusqu’à l’effroi. Par moment, on glisse dans une réalité onirique et cauchemardesque. Les plans sont composés comme des tableaux et frisent le symbolisme.

Les deux réalisateurs ne se contentent toutefois pas de travailler le visuel, ils adaptent aussi l’intrigue. Ils choisissent de transformer sœur Ruth. Sa métamorphose est totale, jusqu’à abandonner son habit de religieuse et à devenir une femme fatale. Le livre ne va pas aussi loin. La scène du crime plonge dans le cinéma horrifique. A voir la notion de vertige, l’attirance de la chute (le gouffre qui jouxte le palais), on se demande si Hitchcok n’a pas été influencé par ce film pour Vertigo.

 Franck Mannoni

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2 Réponses to “[cinép(h)age :] LE NARCISSE NOIR (ép. 9/25)”

  1. Boyan lundi 13 février 2012 à 111134 #

    Ça a l’air très beau. Les couleurs sont top niveau !

  2. Franck Mannoni mardi 21 février 2012 à 90929 #

    Oui c’est magnifique. Avec une impression très étrange, parfois, de se promener dans un tableau. Bon, c’est pas Le Moulin et la Croix, mais le procédé est très esthétique.

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