[cinéphilie :] Sylvie Testud

16 Fév

Sylvie Testud était à Strasbourg pour présenter son premier long métrage en tant que réalisatrice, La vie d’une autre (sortie le 15 février 2012). Au début du film on découvre Marie (Juliette Binoche), jeune femme en train de tomber amoureuse de Paul (Mathieu Kassovitz). Au lendemain de leur première nuit ensemble, Marie se réveille 15 ans plus tard en ayant tout oublié de l’entre-temps.

Sylvie Testud, ça fait indéniablement partie de son charme, à de l’énergie à revendre. Mais parfois, revers de la médaille, cette énergie amène un côté foutraque pas toujours bienvenu. Là c’est surtout Juliette Binoche qui fait passer le côté pile électrique et malheureusement ça ne lui réussit pas : elle est bien plus souvent crispante que charmante –et par rebond ça ne réussit pas non plus film, forcément. Pourtant l’idée de base est jolie, et dans son déroulement, il y a malgré tout des choses réussies. Mais pas suffisamment pour convertir les allergiques aux comédies romantiques –une orientation qui prend beaucoup de place dans La vie d’une autre.

Sylvie Testud s’est prêtée au jeu de la Cinéphilie, elle réagit aux films suivants.

LES BLESSURES ASSASSINES (Jean-Pierre Denis) :

Qu’est-ce que je pourrais dire sur Les blessures assassines ? Mis à part que c’est un film qui m’avait violenté. A l’époque, je pense que ça a vraisemblablement changé ma vision des choses. C’est-à-dire que la première fois que j’ai vu le film, je n’étais pas très contente de voir la violence, je ne pensais pas que j’étais aussi violente, en fait. Et puis au bout d’un moment, je me suis dit : ben tu vois, ce métier est vraiment intéressant et agréable parce qu’on se rend compte qu’on est capable de le faire, que ça fait aussi partie de nous. Donc, finalement, on s’explore. En explorant des personnages, c’est les personnages qui vous donnent des informations sur vous. C’est très étrange à dire, mais c’est ce que ça m’a donné comme conception, finalement, d’avoir interprété Christine Papin. Mis à part le fait que j’ai adoré travailler avec le réalisateur et que le scénario était très bien. Mais j’ai eu un rapport trouble, dans les premiers temps, avec le film.

COPIE CONFORME (Abbas Kiarostami) :

Bon, c’est Juliette Binoche, que j’aime beaucoup. Moi, en même temps j’aime ce côté contemplatif, et en même temps il y a quelque chose… Je comprends qu’elle ait eu le prix d’interprétation à Cannes, et en même temps, j’avais envie de pousser les murs.

DANS LA PEAU DE MA MERE (Mark Waters) :

Le truc de base était vachement intéressant, cette gamine qui prend la peau de sa mère et inversement. Moi quand j’ai décidé d’écrire mon film, j’ai revu ce film-là, j’ai revu Memento et j’ai revu Un jour sans fin. Parce que je voulais me remémorer tout ce qui avait été fait du côté fantastique –ou pas d’ailleurs, parce que Memento n’est pas tout à fait fantastique. Et Dans la peau de ma mère, c’est amusant effectivement, vous vous dites : ça fait quoi d’être l’autre et d’endosser ses soucis ? Vraisemblablement, on comprendrait mieux l’autre. Mais c’est une conception qui est ancienne et qui aura toujours cours. C’est Molière qui disait ça, il disait : tout le monde a toujours raison selon le côté duquel on se place. Le point de vue. Et voilà, ça marche à tous les coups. Il avait dit quelque chose d’extrêmement vrai.

LES PETITS MOUCHOIRS (Guillaume Canet) :

J’ai beaucoup d’admiration pour Guillaume Canet parce que je trouve qu’il arrive… C’est très difficile de faire un film choral et de faire exister tous les personnages. Et je trouve que ça tient très bien, je trouve qu’on sent leur amitié, leur attachement les uns aux autres. Il inscrit ça dans un lieu qui, pour lui, fait sens. J’avais l’impression en fait d’être dans son monde. Donc il arrive à créer des univers forts, avec les troubles que chacun a, et je trouve qu’il parsème ça, tout de même, d’humour –je pense au personnage interprété par Valérie Bonneton, qui est désespéré, mais qui en même temps arrive à soulever des choses. Moi j’aime bien les choses qui sont entre deux eaux. Donc ça me plaît assez.

IRREVERSIBLE (Gaspar Noé) :

Ah. Alors moi, ça me pose un problème de fond, et ce n’est même plus la cinéaste qui parle, c’est que j’avais envie de déchirer l’écran le jour où j’ai vu ça. Parce que c’est très réaliste. Après, ce serait une discussion très-très longue. Moi, cette scène-là m’a ulcérée. Mais elle m’a ulcérée parce que c’est ce monde-là qui m’ulcère. Voilà. Et c’est vrai que Gaspar Noé a eu un courage de dingue de faire cette scène, mais à voir c’est affreux. Moi, c’est une des premières fois où je me lève. Et je l’ai vu en deux fois, le film. Mais j’ai eu envie de déchirer l’écran.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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