[cinép(h)age:] LA TAUPE (ép. 10/25)

20 Fév

Un livre : écrit par John Le Carré (1974)

Un film : réalisé par Tomas Alfredson (2011)

La plupart des livres de l’écrivain britannique John Le Carré ont été adaptés au cinéma. L’espion qui venait du froid (1965) de Martin Ritt avec Richard Burton, Le Miroir aux espions (1969) de Frank Pierson avec Anthony Hopkins, La Maison Russie de Fred Schepisi (1990) avec Sean Connery, The Tailor of Panama (2001) de John Boorman avec Pierce Brosnan et plus récemment The Constant Gardener (2005) de Fernando Meirelles avec Ralph Fiennes. Et la liste n’est pas exhaustive. Quant à La Taupe, le roman d’espionnage a déjà été adapté en téléfilms, en série dans les années 1980.

Qu’on ne s’y trompe pas, les livres de John Le Carré n’ont rien à voir avec les aventures du trépidant James Bond. Chez l’auteur anglais, pas de courses-poursuites, pas de coups de feu, pas de jolies filles à séduire. A dire vrai, ses intrigues relèvent plutôt du roman noir et sont certainement plus réalistes et documentées que beaucoup d’aventures d’espion sautillants dans tous les coins en costard impeccable. Tomas Alfredson a choisi de respecter cette ambiance en proposant un film cérébral, poussé jusqu’à l’épure par rapport au long roman. De fait, il a gommé beaucoup d’aspect de la vie privée des personnages, préférant se concentrer sur la traque ouatée de cette fameuse taupe, qui ruine les opérations des services secrets de Sa Majesté.

John Le Carré s’est inspiré de deux affaires pour écrire son livre : celle dite des Cinq de Cambridge (trois dirigeants et deux agents qui ont trahi pour l’URSS) et celle de Kim Philby, personnage nébuleux, proche de la famille royale, qui s’est révélé être un agent infiltré des Soviétiques. Les deux scandales ont animé les années 1930 de la City. Un traumatisme pour le MI-6, d’où l’importance de cette chasse au traître dans les années 1970, en pleine guerre froide. La patine très british du livre et du film accentuent l’extrême tension et la méfiance réciproque qui règne chez les espions d’alors.

John Hurt, Tomas Alfredson et Gary Oldman

George Smiley, l’agent à la retraite sorti de son placard pour mener l’enquête, est un vieil homme grisâtre, trompé par sa femme, seul et solitaire, mais d’une intelligence prodigieuse. Dans La Taupe, il se mesure à Karla, son homologue soviétique, qui va l’occuper pour deux autres romans, Comme un collégien et Les Gens de Smiley : La Trilogie de Karla. Gary Oldman le campe de manière admirable, avec même une certaine ressemblance (voulue ?) avec Kim Philby.

Avec beaucoup d’indépendance, Tomas Alfredson s’est approprié l’oeuvre de John Le Carré. Il a imposé sa patte, allant jusqu’à bousculer le destin de certains personnages. L’agent Jim Prideaux (Mark Strong) et l’agent Bill Haydon (Colin Firth) vivent ainsi des péripéties modifiées, simplifiées par le réalisateur et pour le coup moins trépidantes. De même, la seule véritable scène d’action du film (le piège), a été raccourcie par le cinéaste par rapport au livre et transposée dans un milieu urbain pour un résultat plutôt sans relief. Comme si Alfredson avait voulu se débarrasser de ce tableau, indispensable à l’intrigue, mais décadré par rapport à son propos.

Alfredson rejoint Le Carré sur l’essentiel, la mise en abîme de l’agent double. Comment se comporter, à qui faire confiance, comment brouiller les pistes, quels renseignements fournir, quelles données falsifier, comment ne pas être soi-même trahi, comment survivre ? Le travail d’espion, 90% d’archives, 10% sur le terrain, n’a rien d’une vie aventureuse. Le mythe en prend un coup.

Petit détail amusant, John le Carré apparaît dans le film. C’est l’un des invités de la fête de Noël. Il n’a pas fini de toucher des droits d’auteur : Anton Corbijn prévoit de porter à l’écran Un homme très recherché en 2013, avec Philip Seymour Hoffman au générique.

 Franck Mannoni

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