[cinéphilie :] Jacques Maillot

22 Fév
Au premier plan, un verre flou.

Jacques Maillot était à Strasbourg pour présenter son nouveau long métrage, La mer à boire (sortie le 22 février 2012). Georges (Daniel Auteuil), construit des bateaux de luxe depuis 30 ans, sa marque est une référence. Mais la conjoncture économique, les nouvelles dispositions bancaires mettent son entreprise en danger. Georges croit que quand on veut, on peut ; il est décidé à se battre.

La mer à boire explore plusieurs terrains, le film social bien sûr (côté patron pour une fois), mais aussi une échappée déstabilisante en cours de route et enfin, une fin abrupte. Les seconds rôles y sont parfaitement employés (tels Marc Chapiteau –en photo à côté de Daniel Auteuil– ou Carole Franck, des habitués du cinéma de Jacques Maillot) ou détestablement sacrifiés (Yann Trégouët). Qu’en penser ? Nous verrons.

En attendant, Jacques Maillot s’est prêté au jeu de la Cinéphilie, il réagit aux films suivants.

QUELQUES JOURS AVEC MOI (Claude Sautet) :

C’est le premier film que Daniel (Auteuil) a fait avec Claude (Sautet), mais je préfère Un cœur en hiver. Je trouve que c’est un des sommets de Sautet. J’aime énormément le cinéma de Claude Sautet. Je trouve que c’est un très grand cinéaste, très sous-estimé parce que comme il avait une très forte reconnaissance publique, souvent la critique l’a un peu négligé. Mais je trouve que c’est un maître, vraiment, dans la discrétion : c’est un très grand metteur en scène, mais qui n’a jamais montré qu’il était un grand metteur en scène… Je veux dire qu’il ne l’a jamais affiché, jamais revendiqué, qu’il était juste dans l’exercice de son métier et dans cette discrétion. Et je suis très touché par sa manière de faire, ses thématiques, son élégance. Enfin, pour moi c’est vraiment un maître, un peu à l’égal de Pialat dans un tout autre genre. Voilà. Donc j’aime tous ses films. Après j’ai des préférences, mais qui sont plus subjectives. J’aime beaucoup Mado qui est un film très noir, très désespéré, avec une fin très audacieuse, puisque la dernière partie du film se passe quasiment intégralement dans la boue. La dernière demie heure. Et c’est magnifique parce que c’est très difficile de réussir des métaphores au cinéma. Le cinéma est un art très prosaïque. Et là, c’est une métaphore magnifique de ce que vivent les personnages. Le film est très beau parce qu’il raconte comment quelqu’un qui se croit vertueux découvre sa médiocrité. Et cette fin est magnifique parce qu’elle illustre pleinement ça. Voilà. Mais j’aime beaucoup aussi Un cœur en hiver, je l’ai revu pendant le tournage de mon film et j’étais très frappé parce que comme je l’avais déjà vu quelques fois, je pouvais me concentrer sur des détails. Et en fait, il y a quelque chose qui est absolument incroyable dans ce film, c’est que quand on le regarde attentivement, on se rend compte que tous les personnages sont quasiment toujours au bord des larmes : tous les yeux sont brillants. C’est à la fois dû au jeu des comédien qui est tout en retenue, en émotion, mais c’est aussi dû à la manière de filmer d’Yves Angelo, le chef opérateur. J’étais très épaté en revoyant le film et en me demandant comment ils avaient fait pour arriver à être aussi précis dans l’éclairage des yeux… Je ne peux que conseiller les films de Sautet : à voir et à revoir.

SAUF LE RESPECT QUE JE VOUS DOIS (Fabienne Godet) :

Il se trouve que Fabienne est une amie. C’est un très beau film. Elle a fait un autre film absolument extraordinaire qui s’appelle Ne me libérez pas, je m’en charge, qui est un des plus beaux documentaires qu’on aie fait en France ces dernières années, qui est l’itinéraire de Michel Vaujour, un petit truand qui a passé une vingtaine d’années en prison, parce qu’il était rebelle et révolté. Elle l’interviewe très longuement. Et c’est un film absolument magnifique –Sauf le respect que je vous dois est aussi un très beau film, mais voilà, il faut regarder les deux.

MAIN BASSE SUR LA VILLE (Francesco Rosi) :

J’en ai un souvenir très brumeux. Il faudrait que je le revoie. Après, oui effectivement, il y a pas mal de gens qui font main basse sur les villes en ce moment.

PLEIN SOLEIL (René Clément) :

Ah oui ! En fait, c’est assez marrant parce qu’il y a un plan de mon film qui fait un peu penser à Plein soleil, qui est la fin du film, et qui est un plan totalement improvisé. On avait prévu de faire la fin du film avec une grue, mais on était au bord de la mer, il y avait beaucoup de vent et on n’a pas pu installer de grue et on a dû improviser un peu au dernier moment un plan de fin. Ce qui n’est jamais très facile, parce qu’a priori, un plan de fin c’est quelque chose de très important. Mais en fait, bon je n’en parlerai pas trop parce que les spectateurs le découvriront, mais je suis très heureux du plan qu’on a trouvé. Qui peut évoquer effectivement Plein soleil parce que le soleil y est rasant et inonde la caméra. C’est un très beau souvenir, le tournage de ce plan.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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