[cinép(h)age :] – LA MACHINE A EXPLORER LE TEMPS (ép. 11/25)

27 Fév

Un livre : écrit par H.G. Wells en 1895

Deux films : l’un réalisé par George Pal (1960), l’autre par Simon Wells en 2002

On compare souvent l’écrivain britannique H.G. Wells à Jules Verne. Si tous deux ont bâti leur notoriété sur l’anticipation et la science-fiction, leurs univers respectifs sont pourtant totalement différents. Côté Jules Verne, un rigueur scientifique obsessionnelle, côté Wells, une prime donnée à l’imagination.

Mêlant aventures, science-fiction et sociologie, La Machine à explorer le temps se lit comme un divertissement intelligent. On échappe aux longs exposés savants et austères de Jules Verne, coupés de l’intrigue et parfois artificiels. Si le Français s’embarrasse peu de psychologie et de philosophie, le Britannique pose la réflexion comme la base de ses romans, comme dans L’Ile du docteur Moreau (l’éthique) et L’Homme invisible (la morale). Ainsi, si le héros de La Machine à explorer le temps part dans le futur, s’est essentiellement pour savoir comment à évolué l’humanité. Quelle forme de société a été adoptée ? La technologie est-elle au service de l’Homme ? Faut-il toujours travailler ? Y a-t-il encore des guerres ?

Au début des années 1960, George Pal reste fidèle au livre et à sa philosophie. Il soigne sa scène d’exposition, laissant planer le mystère. Le cinéaste se permet d’évoquer la Première et la Seconde Guerre mondiale, ce que, bien évidemment, Wells ne pouvait présager. Tourné en Metrocolor, le film a une patine indéniable et de très belles couleurs. Toutefois, le livre reste très discret sur une éventuelle love affair entre le héros et Weena, l’Eloi du futur qui accueille le voyageur. Le film de Pal se permet une petite allusion à la fin : si le savant repart, c’est pour retrouver celle avec qui il veut vivre.

Les Morlocks cannibales (1960)

Simon Wells, l’arrière-petit-fils de H.G. Wells a pris, lui, plus de distance avec l’œuvre de son aïeul. Il est même allé jusqu’à renverser toute la problématique du roman. Le héros ne part plus dans le futur pour savoir ce qu’est devenu l’humanité, mais pour tenter de savoir s’il peut modifier le passé. Il cherche un moyen de faire revenir à la vie la femme qu’il aime et qui est morte de manière tragique. La quête scientifique est tout à fait accessoire. Un peu d’humour, beaucoup d’action, on s’oriente vers le divertissement pur, avec une morale convenue : non, rien à faire, on ne peut pas changer le passé. Zut alors !

Si la version de Pal possède un indéniable cachet, celle, plus musclée de Simon Wells correspond davantage aux attentes du XXIe siècle. Pal a réalisé une véritable adaptation, transposant dans l’univers cinématographique une aventure littéraire avec beaucoup de créativité, notamment pour les décors. Visuellement, Wells ne s’est d’ailleurs pas tant éloigné des inventions présentes dans la version des années 1960. Fort de son succès, Pal avait prévu de tourner une suite, mais la MGM a toujours refusé les scénarios proposés. Les séries télévisées ont récupéré le filon avec Docteur Who, créée dès 1963.

Franck Mannoni

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