[dvd :] DEUX DE LA VAGUE

28 Fév

Ed. Les films du Paradoxe

Deux de la vague, écrit par Antoine de Baecque (par ailleurs biographe de Jean-Luc Godard et François Truffaut) et réalisé Emmanuel Laurent, est un drôle d’objet. Difficilement identifiable, pas tant d’un point de vue formel (c’est un documentaire) que dans le traitement de son sujet (la Nouvelle Vague, de fait). Pas assez pédagogique pour les néophytes, il n’est pas non plus la révélation d’un trésor caché pour les aficionados de la bande à part. En fait, Deux de la vague est une comédie romantique inspirée d’une histoire vraie ; un roman d’amitié, donc d’amour, qui finit mal. Comme à chaque fois, en général.

A partir de A bout de souffle (Jean-Luc Godard) et Les 400 coups (François Truffaut)… Il faudrait d’ailleurs écrire l’inverse ! Les 400 coups puis A bout de souffle, puisqu’il en est ainsi chronologiquement. Mais on parle ici de rock, de prise de position, d’affirmation de soi par le prisme d’identité supérieure. On n’aime pas les Beatles ET les Stones, on n’aime pas l’Olympique de Marseille ET le Paris Saint-Germain, on n’aime pas Mélenchon ET Le Pen, on n’aime pas Simon ET Garfunkel. Alors ici, on choisit son camp, celui de Godard ; parce qu’il est celui qui a tenu le cap, qui a toujours refusé le cinéma de papa (quand l’autre répéta, aussi longtemps que son corps frêle l’y autorisa, les mêmes gammes – certes avec talent).

Donc, à partir de A bout de souffle et Les 400 coups, Antoine de Bacque et Emmanuel Laurent racontent une période (les années 50-60-70), des rencontres, le cinéma… la vie. Uniquement à l’aide d’images d’archives (pour beaucoup connues, mais encore jamais ainsi mises en scène), d’une voix off limpide même si un peu trop désincarnée, et d’un trait d’union (Isild le Besco, icône de la nouvelle Nouvelle Vague pour Antoine de Baecque et Emmanuel Laurent – on leur concède que le choix est pertinent même si la présence d’Isild le Besco est trop anecdotique), Deux de la vague séduit, stimule et passionne.

C’est un pan de l’histoire du cinéma qui est rejoué sous nos yeux nostalgiques. Jusqu’à la scène finale, forcément tragique, puisqu’il y est question de rupture, entre deux hommes dont l’amour fut si fort qu’il n’était pas tenable. « (…) Comportement de merde, de merde sur son socle (…) » écrira Truffaut à Godard lors d’une de leurs fameuses correspondances, ayant ainsi le privilège du prix de la meilleure saillie. C’est drôle et déchirant.

Et puisque ce documentaire a pour principale force de faire des ponts entre l’histoire d’hier et celle d’aujourd’hui, rappelons que le meilleur film de 2010 (Tournée, de Mathieu Amalric) s’inspira de cette dispute pour une scène culte opposant les personnages de Damien Odoul et Mathieu Amalric.

Deux de la vague nous laisse avec un immense regret ; depuis la mort de François Truffaut, et donc du couple qu’il formait avec JLG, on a perdu le goût de la dispute. La Dispute.

Romain Sublon

En bonus : Le film annonce (sobre, classique) et un livret (30 pages) contenant un entretien plutôt instructif des deux auteurs et surtout, la retranscription de certaines des correspondances entre Godard et Truffaut.

NB : ce n’est évidemment pas le plus important, mais la jaquette du dvd Deux de la vague qui rappelle furieusement celle de Un gars, une fille (OSCAR du meilleur acteur hein) autrement appelés Chouchou et Loulou, c’est soit une bonne blague potache pour évoquer le couple JLG / Truffaut, soit une faute de goût.

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