[cinép(h)age:] BYE BYE BLONDIE (ép. 14/25)

19 Mar

Un roman (2004) et un film (2011) de Virginie Despentes.

Comme pour son premier long métrage Baise moi (2000), Virginie Despentes s’appuie sur un de ses romans pour le porter à l’écran. Et comme souvent dans le cas d’auteurs qui transposent leur œuvre dans un autre langage (Beigbeder, Houellebecq, pour prendre des exemples récents), elle la déconstruit sans remords pour aboutir à un autre résultat. Elle en garde les lignes fortes : la localisation (Nancy), une histoire de couple (entre un présentateur télé (Eric) et une punk sur le retour dans le livre (Gloria) vs une présentatrice télé (Frances/Emanuelle Béart) et la même punk dans le film, jouée par Béatrice Dalle), la problématique sociale (les deux héroïnes, amies d’enfance, n’ont pas évolué dans le même monde, et leurs retrouvailles font des étincelles).

Virginie Despentes en a aussi profité pour lisser Gloria, la rendre plus douce : écorchée, mais moins violente dans ses explosions de colère. Le tout donne une histoire moins désenchantée, avec un happy end sur grand écran. Le roman montre les efforts de Gloria pour s’insérer dans l’univers petit bourgeois d’Eric. Elle essaie de se mettre à l’écriture. Une tentative qui disparaît du film : tout effort est inutile et chacun semble devoir rester sur ses positions. Sauf si l’une ou l’autre voulait bien accepter d’abandonner son camp (non j’ai pas spoilé).

Soko et les keupons

Les épisodes en flashs-back sont très bien gérés et rythment le récit. Les doubles adolescentes de Gloria (la chanteuse Soko) et Frances (Clara Ponsot) donnent de la vigueur à cette histoire qui suit un mouvement de balancier passé-présent. Autre moment fort, l’épisode de l’internement de la jeune Gloria en hôpital psy. Il montre que la psychiatrie des années 1980 n’a rien à envier celle des dictatures. On s’interroge sur l’usage des sangles alors que Gloria est sous médicaments, dont le but est justement de se passer d’une immobilisation physique. Mais visuellement, il est certain qu’une patiente impuissante et attachée fait tout de suite comprendre la coercition de l’internement d’office. Comme le dit Virginie Despentes, qui a fait un passage en HP en 1984 : « Globalement tout le personnel est gentil, mais on a envie de sortir et c’est eux qui ont les clefs ».

On pourrait relever à la file les incohérences du film : les groupes de punks mixtes (beaucoup moins dans la réalité), un épisode pique-nique bière keupon plus hippie que punk, un seul anachronisme de langage (un ado. qui dit « scud » avant la guerre du Golfe). Mais bon, on n’est pas dans un film documentaire. Bye Bye Blondie tombe dans la gamme des comédies dramatiques standards, avec un bon point pour la bande originale qui fait revivre les groupes punks des années 1980 (les Béru en tête). Une histoire de couple sur fond de problématique sociologique (bourgeois/prolos), avec une morale à la Cercle des poètes disparus. Carpe diem !… mais sans trop foutre la foire quand même.

 Franck Mannoni

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