[cinéphilie :] Virginie Despentes

21 Mar

Virginie Despentes était à Strasbourg pour présenter son second long métrage de fiction, Bye Bye Blondie (sortie le 21 mars 2012), adapté de son roman du même nom.

Comme Franck en a fait l’objet de sa chronique [Cinép(h)age] de la semaine, je vous renvoie à celle-ci et vous propose de passer directement aux réactions de Virginie Despentes (capital sympathie inattaquable !!!) aux films suivants…

GLORIA (John Cassavetes) :

J’aime bien le Gloria de Cassavetes, mais je pense plutôt à la Gloria d’On achève bien les chevaux quand je fais le roman notamment. Avec tout le respect que j’ai pour la Gloria de Cassavetes, cette Gloria de On achève bien les chevaux m’a… achevée. Vraiment, je la trouve extraordinaire. C’est un de mes films préférés et son personnage m’a marquée. Je l’ai vu petite pour la première fois. J’ai le droit de répondre à un titre par un autre ? (NDLR : oui !)

LA RUMEUR (William Wyler) :

(NDLR : Virginie Despentes n’a pas vu ce film, donc brève description : dans un pensionnat de jeunes filles, une rumeur court sur deux enseignantes, jouées par Audrey Hepburn et Shirley MacLaine, elles auraient des relations « coupables ». Ça se termine très mal) : Si ça se termine très mal, oui, ce n’est ni systématique ni obligatoire, mais souvent les films qui mettent en scène des lesbiennes ou un désir lesbien, se terminent très-très mal. Soit il y en a une, folle, qui essaye de tuer l’autre, soit elles se disputent, soit il y en a une qui meurt on ne sait pas pourquoi. C’est vraiment comme s’il y avait une culpabilité, ou alors que pour traiter une histoire lesbienne il fallait être sérieux, donc terminer mal. Quand les films finissent mal, on s’imagine qu’ils sont plus sérieux.

J.F. PARTAGERAIT APPARTEMENT (Barbet Schroeder) :

Ah il ne se termine pas super bien non plus ! Mais le film est bien. Je n’en ai pas un souvenir marquant-marquant, mais j’en garde un bon souvenir de spectateur. Après, c’est vrai que Hollywood dans les années 90, et ça a continué en 2000, avait peut-être un tout petit problème d’angoisse sur les ententes féminines. Bon, l’angoisse sur l’homosexualité masculine, ça c’est clair et net, mais l’angoisse aussi sur une possibilité d’entente féminine ou d’accointance féminine, ou de cohabitation féminine effectivement… Et comme le cinéma lave les cerveaux, forme les cerveaux, les films transmettent énormément de messages. Je ne crois pas que Hollywood dans les années 90 et 2000 nous ait beaucoup aidé au niveau de l’avancée du féminisme. La France non plus d’ailleurs, dans un autre genre.

GAZON MAUDIT (Josiane Balasko) :

C’est à ma connaissance le dernier film lesbien vraiment mainstream qui a été fait en France. Le Corsini je dirais qu’il était un peu plus film d’auteur, un peu moins exposé que Gazon Maudit.

Cut : C’était lequel le film de Corsini ?

Virginie Despentes : La répétition, qui est une histoire lesbienne, vraiment. Mais que je vois plus comme du cinéma d’auteur, donc quelque chose de moins visible du grand public. Gazon maudit, j’en garde un super souvenir à cause de Balasko, je suis fan de Balasko et ce n’est pas le film où elle me plaît le moins ! Après, quand on en parle aux lesbiennes de toujours : il y avait quand même ce message où il fallait qu’il y ait un homme au milieu, qu’il soit super sympa, qu’à la fin il soit là et qu’évidemment il y ait une femme qui soit enceinte. Ce qui fait que c’était à la fois un film assez lesbien, avec évidemment au milieu la camionneuse qui est plombière… Bon, moi j’adore ça, donc ça ce n’est pas une critique, mais le côté où il fallait quand même que l’hétéro trouve sa place dans le couple des femmes, oui, là il y avait quelque chose de peut-être plus dommage. C’est quand même un bon film, mais c’est dommage que cet hétéro ne se fasse pas juste chasser de la maison à coups de pieds dans le cul, ce qui aurait été une fin un peu plus saine, non ?

TOURNEE (Mathieu Amalric) :

Tournée ne me plaît pas du tout. J’entends bien qu’il y a des outils qui me manquent pour apprécier ce type de cinéma. Déjà parce que je m’y emmerde à fond. Je n’aime pas du tout le regard qui est porté sur le burlesque et sur les filles du burlesque… Mais pour le cinéma français en général, oui il me manque des outils de compréhension pour savoir pourquoi ça c’est bien ou pourquoi ça c’est formidable. Ou pourquoi ce film peut plaire à qui que ce soit comme étant autre chose qu’une espèce de… Parce qu’elles sont assez géniales, mais son casting de meufs il est complètement sous-exploité. Et il n’y a que ça qui m’intéresse dans le film, moi. Le numéro de comédien du réalisateur ne m’intéresse pas une seule seconde. Mais je suis une des seules dans ce cas-là, donc voilà quoi.

A GUN FOR JENNIFER (Deborah Twiss et Todd Morris) :

Ah génial ! Génial le film, génial qu’il y ait L7 dedans, génial la comédienne, géniale la rencontre, parce qu’à l’époque on les a rencontrés la comédienne et le réalisateur : ça coïncidait un peu avec Baise-moi et ça a été une rencontre… Elle est divine la comédienne, elle est dans la vie hyper glamour. Et le film, oui on le relie bien à Baise-moi ou à quelques autres films comme ça. Mais c’est dommage, c’est assez rare les films vraiment women-power, maximum et punk. C’est un film qui repasse trop rarement. C’est exactement comme L’ange de la vengeance. Il faudrait faire plus de programmations de bons films avec de bons personnages féminins.

BAISE-MOI (Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi) :

Euh… Quel chef-d’œuvre ! Non, ça tombe bien, je l’aime bien ce film. Heureusement pour moi parce qu’il m’a vraiment marquée au fer, je le porte encore, on m’en parle encore. Et pas seulement quand je sors Bye Bye Blondie. Quand je dis je suis « madame Baise-moi » : je marche avec ce film, c’est comme si je me l’étais tatoué en travers de la poitrine ou sur le front. Mais je l’aime vachement donc ça va. Après, évidemment que c’est bizarre que Karen se soit suicidée et qu’il y a quelque chose qui est porté, là-dedans, de très triste et douloureux. Mais n’en demeure pas moins que Coralie est une des personnes avec qui j’ai adoré travailler, avec qui j’adore être copine et qui fait le Facebook du film en ce moment, et pour moi c’est toujours un plaisir de collaborer avec elle parce que ça marche. Parce qu’elle est assez crétine et moi aussi, et très efficace en même temps. Enfin, il y a quelque chose chez elle qui me… Et Raphaëla dans le film… Enfin, oui, je pense que c’est un des trucs les plus intéressants que j’ai fait dans ma vie ! Comme on ne nous l’a pas vachement dit, je peux le dire moi-même sans problème. On ne nous l’a pas vachement dit, là je plaisante parce que c’est aussi un film qui repasse régulièrement à l’étranger, en festivals, en salles, dans des circonstances divers et variées, et avec le temps il s’est libéré de toute la charge « censure, pas censure », « c’est bien, c’est mal ». Pour des gens qui sont assez jeunes, je me rends compte que le porno ne les dérange plus du tout, parce qu’ils ont une formation et une endurance au porno très différente de celle qu’on pouvait avoir il y a déjà 12 ans, parce que : Internet. Bizarrement, ce sont d’autres choses qui les choquent, ça pour moi c’est vachement intéressant. Parce que ce n’est pas la violence non plus qui les choque, c’est plus le traitement cru et c’est vraiment l’enjeu entre elles deux qui provoque quelque chose. Et ça, c’est assez étonnant : on voit le public évoluer avec le film.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

PS : Bande annonce à voir sur le site du film ; interview à lire et écouter dans sur ARTE Trash

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