[dvd :] FAUX-SEMBLANTS David Cronenberg

23 Mar

Ed. Opening video

Maintenant, on la plaque.

Non, tu la plaques.

Les fils prodigues sont de retour : Elliot et Beverly Mantle, les jumeaux déviants, les gynécologues fous s’invitent chez vous. L’histoire, au fond, est simple. Les frères partagent tout : leur appartement, leur patientèle, leurs maîtresses, et bien sûr leur folie. Elliot (l’extraverti) semble fort, Bev (l’inhibé) semble faible. Mais Bev tombe amoureux.  Bev a des velléités de départ… Le film est construit de façon à ce que les jumeaux soient follement drôles, jusqu’au moment où ils deviennent drôlement fous.

Car, contrairement aux apparences, Faux-Semblants n’est pas un film dénué d’humour – certes pince-sans-rire. (« Je me présente : je suis l’un des jumeaux »). Bien entendu, il est interdit, par principe et par bienséance, de dévoiler la fin – ou la morphologie exacte des mutantes pour lesquelles « le jumeau à nom de fille » invente des instruments gynéco-cronenbergiens.

Si Jeremy Irons reçut l’Oscar du meilleur acteur pour son interprétation du reptilien comte Von Bülow, les jumeaux Mantle furent en vérité le(s) rôle(s) de sa vie (d’aucuns prétendent qu’il ne s’en est jamais remis, pour preuve le choix binaire qui semble dicter ses choix depuis, entre cinéma de divertissement et rôles plus exigeants : ainsi, une théorie non dépourvue d’intérêt veut que Jeremy joua dans Eragon et Donjons & Dragons, tandis qu’Irons, lui, tournait dans Inland Empire et Lolita).  La légende veut que, durant le tournage, l’acteur ait réclamé deux loges et deux gardes-robes distinctes… avant de tout mélanger. Car Faux-Semblants ne traite pas tant des jumeaux  que de leur relation, cette siamoiserie des esprits incapables de se séparer : c’est ce lien, à la fois invisible et évident, qui tient le premier rôle, et que Jeremy (et Irons) incarne à merveille. D’ailleurs, dans les années 1980, nous avions un jeu (mon ami imaginaire et moi) : « je fais Jeremy, tu fais Irons ».

On ne sait jamais si revoir un film qu’on a chéri dans l’enfance est une bonne idée. Certains re-visionnages tardifs sont destructeurs ; en abimant le souvenir que l’on en gardait, c’est tout un pan d’enfance qui s’effondre soudain dans notre ciné-géographie interne, et qu’on perd à jamais. Que les nostalgiques se rassurent, Faux-Semblants n’a pas pris une ride : il ne s’agit toujours pas d’un feelgood movie. Je vous invite donc sans arrière-pensée à gravir une nouvelle fois le double pic de la névrose.

En bonus, on entendra Cronenberg évoquer le défi qu’un double rôle pose aux acteurs (sauf à Robert deNiro, qui paraît-il n’était pas à l’aise à l’idée de jouer non des monozygotes malsains mais… des gynécologues) ; on reverra aussi l’incontournable bande-annonce du film, et les plus rigoureux pourront écouter la leçon de gémellité donnée par Nils Tavernier et Fabrice Bak, psychologue spécialiste de la question (et lui-même l’heureux jumeau capillaire d’Andy Warhol). Les nostalgiques, eux, écraseront une larme à l’évocation des effets très spéciaux grâce auxquels on dédoubla Jeremy Irons.

Jakuts

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