[dvd :] CHRONIQUE D’UN ETE + MADAME L’EAU – Jean Rouch

27 Mar

Ed. Montparnasse

« Tout ce qu’on a vu est d’une part très ennuyeux, et ce qui n’est pas ennuyeux l’est au prix d’une très grande impudeur. »  Ainsi s’exprime Jean-Pierre Sergent, un des intervenants du work in progress qu’est Chronique d’un été en découvrant ce film, réaction qui fait partie du film –vous suivez ?

En tout cas, ne croyez pas ce jeune homme ! Chronique d’un été est captivant, vivant, c’est aussi une photographie d’une époque, la France au début des années 60, c’est enfin un beau questionnement sur les aspirations de chacun et son rapport à l’Autre –un passant dans la rue ou l’ami Africain.

Edgar Morin et Jean Rouch embarquent Marceline Loridan-Ivens dans leur projet, la force à parler au début, puis la mettent dans la position de faire parler. Elle n’est pas la seule à questionner (les leitmotiv du film sont « êtes-vous [es-tu] heureux ? » et « comment vous débrouillez-vous [te débrouilles-tu] avec la vie ? »), Rouch, et plus encore Morin, s’en mêlent également : l’accusation d’impudeur est d’ailleurs à mettre au compte de ce dernier qui provoque un débordement d’émotions contradictoires chez une jeune Italienne en rupture de ban.

Egdar Morin qui à un autre moment demande à ses enfants s’ils sont plutôt d’accord avec sa vision assez pessimiste du monde ou avec celle plus enchantée de Jean Rouch. Et on sent effectivement que les deux hommes sont différents. Une impression qui se précise dans le bonus Un été + 50, de Florence Dauman, réalisé comme son titre l’indique 50 ans après Chronique d’un été : les survivants du premier film poursuivent leurs investigations à partir de leurs souvenirs et/ou de séquences inédites de Chroniques d’un été, le prolongement est parfait.

Ed. Montparnasse

L’édition DVD de Madame l’eau (réalisé par Jean Rouch en 1992) est tout aussi pertinente, car là aussi le supplément, Rouch gang (réalisé par Steef Meyknecht entre 1992 et 1993) enrichit la vision du film avec lequel il interagit : on trouve des bouts de l’un dans l’autre et vice-versa.

Madame l’eau (et donc Rouch gang également, mais sous un autre angle) nous remet en contact avec Damouré, Lam et Tallou, héros de plusieurs des films de Rouch, qui là s’envolent pour la Hollande (avec l’ânesse de Tallou qui se fera engrosser au passage). Pourquoi la Hollande ? Parce que chez eux, au Niger, la sécheresse gagne du terrain depuis que trop d’arbres ont été coupés. Il faut trouver une solution : des moulins feraient-ils l’affaire ?

Avec le sens du romanesque qui les caractérise, le réalisateur et ses acteurs transforment la situation vécue en une aventure aussi soigneusement mise en scène qu’ouverte à l’imprévu. Sans doute n’est-ce pas du cinéma pour gens pressés, mais pour peu qu’on s’y laisse aller, c’est décidément très stimulant.

Jenny Ulrich

Les précédents DVD « rouchiens » chroniqués :

Jean Rouch – Une aventure africaine

Filmer le monde – Les prix du festival Jean Rouch

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s