[cinéphilie :] Frédéric Videau

4 Avr

Si tu le répètes à ton père, fais gaffe...

A moi seule (en salles le 4 avril), est le nouveau film du très rare Frédéric Videau. Avec un casting très chic et très animal (Agathe Bonitzer featuring Reda Kateb), A moi seul déroute par son ton, son humour, sa force.

Refusant les codes du genre, ou plutôt les acceptant pour mieux les transgresser, Frédérc Videau propose une oeuvre singulière qui n’est ni sans ennui, ni sans fascination. Un objet qui interpelle, par sa fragilité et sa violence mêlées. Il faut enfin dire un mot sur la musique, elle aussi surprenante.

Frédéric Videau réagit aux films suivants comme il mène sa vie, à sa manière.

L’OBSEDE (William Wyler)

Tout le monde m’en parle de celui-ci… Je vois bien pourquoi… Et en même temps, j’ai l’impression de faire exactement l’inverse. William Wyler est pour moi un cinéaste de la sanctification, et je suis le contraire de ça. Un titre en appelant un autre ; je vous réponds Peau d’âne. Ma vraie réponse à L’obsédé c’est Peau d’âne. Parce que chez Wyler comme chez beaucoup d’autres, il y a une façon d’approcher les êtres qui est très psychologique, et je n’y crois pas beaucoup. Dans mon film, c’est quotidien, mais concret ; ça décourage l’analyse pour obliger à éprouver. Quand on essaye de m’entraîner sur le terrain de la psychanalyse, je suis obligé d’y répondre, et ce n’est pas une pose, que je n’y connais rien. Je n’ai rien lu et je ne l’ai pas pratiquée ; je suis inapte à envisager mon film sous l’œil psychanalytique. Et Peau d’âne parce que Jacques Demy est un cinéaste profondément noir mais qui déroute les choses par d’autre biais.

LOLITA (Stanley Kubrick)

Une seule réponse ; Agathe Bonitzer.

LA BELLE ET LA BÊTE (Jean Cocteau)

Je me promets à chaque fois de ne pas développer mais… Putain, fais chier ! Dès que j’ai voulu faire du cinéma, quand j’avais 14 ans, j’ai compris que je voulais en faire mais je ne savais pas ce que c’était. Je l’ai compris à la sortie d’une projection, où mon ami d’enfance, d’adolescence, qui avait plus d’argent que moi, m’emmenait au cinéma. Il avait 200 francs d’argent de poche, il avait de quoi entretenir, si j’ose dire, une danseuse et donc, moi. On allait au cinéma ensemble. Lui adorait Mort à Venise, moi ça me tombait des mains. Précaution d’usage ; Visconti est un grand cinéaste donc ça n’est pas pour moi, point barre. Le film qui justifie ma présence devant vous, c’est Le juge Fayard dit le shérif d’Yves Boisset. C’est vraiment un mauvais film. Je ne l’ai revu que récemment et j’étais vachement ému de voir à quel point ce mauvais film avait était à l’origine de tout. Et donc j’en reviens à votre question, Lolita de Kubrick (oui, on a zappé La belle et la bête…ndla). Instinctivement, dès que j’ai commencé à faire des films, j’ai compris que je ne m’en sortirai pas bien à moins d’avoir quelqu’un à l’écran qui porte et incarne mes sentiments dans le film. Et je ne l’ai jamais trouvé jusqu’à A moi seule. Et c’est une fille. Et je me suis dit que c’était dingue de ne pas y avoir pensé plus tôt que ce serait une fille, sachant la personne que je suis. J’ai donc trouvé mon Antoine Doisnel, quand je ne m’attendais plus à la trouver. Et j’ai compris au montage. Agathe magnifiait mon travail. Mon monteur m’a fait remarquer que je l’avais filmée d’une façon si spéciale… Voilà fin de la réponse. Je ne sais pas si c’est cohérent pour vous ?

VARIETE FRANCAISE (Frédéric Videau)

Jacno. Je réponds par des personnes, c’est peut-être décevant pour vous. Je suis un pur provincial, ça fait 20 ans que je vis à Paris, comme un exilé. Et je ne peux pas en partir pour des raisons familiales, j’ai une famille à Paris qui s’y sent bien et donc j’y cède, volontiers. Mais pour moi la promo d’un film a cela de réjouissant que je reviens en province. Mais c’était aussi dur d’y vivre. Je me souviens qu’en 79, un truc me sauve du marasme provincial et de la solitude, c’est Rectangle, de Jacno. Le titre de mon film, Variété française, est un hommage à cet homme.

Propos recueillis par Romain Sublon

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