[dvd:] WHITY ET LILI MARLEEN – R.W. Fassbinder

17 Avr

Ed. Carlotta

En 1971, l’année de tournage de Whity, un western, Rainer Werner Fassbinder, qui n’a pas encore été rendu célèbre par Berlin Alexanderplatz (1980), tourne par moins de trois films et deux téléfilms. Faut-il voir dans cet empressement à filmer coûte que coûte la cause des écueils qui parsèment ce film engagé et brouillon tout à la fois ?

Engagé, Whity l’est comme toute l’oeuvre du bad boy du cinéma allemand. Le réalisateur n’a de cesse de dénoncer la barbarie, l’exploitation de l’être humain, l’esprit bourgeois, le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie. Et ce même si, paradoxalement, on l’accuse parfois des maux qu’il étrille. Fassbinder, qui sait si bien cadrer les relents nauséabonds des sociétés à la dérive, qui aime les plans urbains où la population grouille, s’enferre dans ce western social traînant et mal préparé. Bien sûr, son actrice fétiche, Hanna Schygulla est à l’écran. Mais elle peine à paraître crédible en prostituée de saloon avec fume-cigarettes. Les scènes de violences sont sans effet, filmées de loin, et l’on voit encore que les coups sont portés à côté.

Günther Kaufmann (Whity) et Hanna Schygulla

Reste l’histoire de ce domestique noir servile, aux ordres d’une famille dégénérée : maître machiavélique, maîtresse calculatrice, un fils attardé et un autre homosexuel dépravé. Les maquillages eux-mêmes, qui forcent sur le blanc, donnent l’impression d’une pièce de théâtre importée dans des décors de far-west. Pourquoi pas si l’intensité de l’image et la force de la narration sont au rendez-vous. Mais le tout se dilue dans des intentions disparates.

Fassbinder apporte toutefois quelques beaux, mais rares, plans symboliques : le serviteur noir fouetté, la bouche en sang, allongé sur le sol, en chemise blanche sur fond noir, et les scènes de saloon qui rappellent les ambiances de cabaret qu’il filmera si bien plus tard.

Dix ans plus tard, Lili Marleen semble plus abouti. Le drame de guerre raconte la vie romancée de Lale Andersen, l’interprète de la chanson titre, popularisée par Marlene Dietrich. Cet air nostalgique a été plébiscité par les soldats allemands et a même été adopté, plus tard, par les Etats-Unis. Dans son élément, Fassbinder, suit les errances cornéliennes de cette aryenne (Hanna Schygulla) amoureuse d’un homme juif dans l’Allemagne nazie. Les combats sont quasiment absents, car le réalisateur s’intéresse surtout au tableau social. Qui choisit son camp ? A quel moment ? Comment s’organisent les réseaux de passeurs ou de résistance ? Qui joue double jeu ?

Les décors sont soignés, les scènes de rues chorégraphiées de manière obsessionnelle, les lumières chaudes ou blafardes soulignent les regards. Contrairement à Whity, qui multiplie les plans séquence (de plus de quatre minutes), Lili Marleen est plus rythmé, sans doute plus classique, mais beaucoup plus percutant. Whity cherche à obtenir du spectateur une réaction, Lili Marleen, une réflexion. Whity tombe souvent dans la facilité, voire le grotesque, Lili Marleen demande plus d’attention. Berlin Alexanderplatz flottait encore dans l’air.

Phénomène rare chez Carlotta, on regrette l’absence de bonus sur ces deux films. Peu de matériel pour Whity peut-être.

Franck Mannoni

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