[cinephilie :] Gilles Perret

19 Avr

Gilles Perret était à Strasbourg pour présenter son nouveau long métrage documentaire, De mémoires d’ouvriers (sortie nationale le 29 février 2012, en salle à Strasbourg au cinéma Star à partir du 18 avril).

Le contenu de ce film est bien résumé par son titre : on part d’un fait-divers où, en 1904, des patrons meurtriers ont ouvert le feu sur leurs ouvriers en grève, événement totalement disparu de la mémoire collective, pour aboutir, entre hauts et bas, à la violence de la situation actuelle. Avec ce constat : les ouvriers, qui représentent tout de même 6 millions de travailleurs en France, ont disparu du paysage médiatique. Et pourtant, ils ont des choses à dire sur hier, aujourd’hui et demain.

Gilles Perret aussi, il réagit aux films suivants.

LES NEIGES DU KILIMANDJARO (Robert Guediguian) :

C’est un film que j’ai trouvé très bien. En tout cas qui me touche. Je peux concevoir qu’il y ait des gens qui ne soient pas touchés par un film comme ça, moi ça me parle. Et excusez-moi de le ramener à mon film, mais ce qui est drôle, c’est qu’il y a deux tirades qui sont exactement les mêmes entre  Les neiges du Kilimandjaro et De mémoires d’ouvriers. C’est drôle. J’aime beaucoup la justesse, et puis les personnages. Et le fait de filmer finalement dans des univers qu’on n’a plus l’habitude de voir au cinéma. Les appartements bobos parisiens ça va, la vie ce n’est pas ça, ce n’est pas que ça. La surreprésentation des bobos qui vivent dans des appartements parisiens au cinéma c’est une catastrophe. On tronque l’image de la réalité. Je pense qu’on est plus près de la réalité, même si c’est une fable, dans Les neiges du Kilimandjaro. Je pense qu’on est plus proche de la réalité sociale, de ce que vivent Monsieur et Madame tout-le-monde aujourd’hui, que dans la fausse représentation donnée par un milieu du cinéma qui ne vit pas ce genre de choses.

ROGER ET MOI (Michael Moore) :

J’aime bien. Qu’est-ce qu’il faut vous dire là-dessus… J’aime mieux ce film-là que ce que Michael Moore a pu faire après, même si je reconnais l’efficacité de son travail de documentariste. Enfin, quand je parle d’efficacité c’est le montage, et le martelage qui finalement finissent par être assez efficace. Selon ce qu’on pense, ça peut être assez jouissif de mettre bout-à-bout sur 1h30 une thématique sur les armes, une thématique sur… Mais j’ai préféré l’approche de Roger and me, qui à mon avis est un peu plus subtile et un peu moins à charge que ce qu’il a fait après.

LA VIE MODERNE (Raymond Depardon) :

Il se trouve que –c’est con, je vais ramener à moi : mon premier film était un film sur des paysans, mes voisins… Je suis né à côté de chez eux, j’habite à côté de chez eux et j’avais fait ce film-là qui a été pas mal primé dans les festivals… Bon. J’aime bien (NDLR : La vie moderne), il y a vraiment de bons moments, mais c’est un peu mon milieu aussi le milieu agricole, et je n’en ai pas une vision aussi misérabiliste. Dans l’agriculture que je connais, qui est une agriculture de montagne, qui est certes difficile, mais dans des zones où il y a des appellations d’origine contrôlée, on se retrouve finalement quand même avec des agriculteurs qui contrairement au film de Depardon, ont plus choisi leur destin. Maintenant, j’aime bien la beauté plastique, les personnages, enfin ce qui est dans ce type de films. Mais voilà, je pense que c’est un petit peu tronqué aussi, l’agriculture ce n’est pas que ça aujourd’hui. Voilà, après c’est un choix aussi de réalisation de s’attacher à ces personnages-là, de donner le rythme qu’il a envie de donner. Beaucoup de respect évidemment pour le personnage. Mais chez Depardon, ce que j’ai préféré c’était quand même Une partie de campagne où il avait filmé la campagne de Valéry Giscard D’Estain, ça c’est formidable.

RESSOURCES HUMAINES (Laurent Cantet) :

Beaucoup aimé. Ça m’a touché parce que mon père était ouvrier d’usine et moi je suis devenu ingénieur –par un hasard de la vie, j’ai ensuite bifurqué. Et dans ce film-là, j’ai retrouvé pas mal de choses. La fierté du père qui a un fils qui atteint un niveau d’études et puis voilà, je trouve aussi que l’expérience cinématographique qui est de travailler avec des acteurs non professionnels, sauf un ou deux, c’est vraiment une démarche qui m’intéresse. Si je devais faire une fiction, je pense que ce serait de cette manière-là. Donc, oui, j’ai beaucoup aimé. Et j’ai beaucoup été ému par certains moments. Comme avec Les neiges du Kilimandjaro. On est plus ou moins réceptif selon son passé, selon son vécu : ce type de film ça me touche parce que c’est des choses que j’ai pu connaître ou vivre.

Jenny Ulrich

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