[dvd :] 3 films de Roman Polanski

25 Avr

Répulsion et Cul-de-sac bénéficient d’une édition Blu-ray. Le couteau dans l’eau, premier film de Roman Polanski tourné en Pologne, n’est proposé que dans une édition SD. On peut supposer que le master disponible pour cette œuvre ne permettait pas d’opter pour la haute définition.

Les trois DVD proposés à l’unité ne surprendront pas les rats de DVDthèque. Il s’agit de retrouver sous une autre forme le coffret édité par Opening en 2008. Les bonii sont les mêmes. L’intérêt réside sans doute dans le fait d’accéder individuellement à ces trois premières œuvres.

La question de la réédition se pose ainsi de la manière suivante : faut-il associer ou dissocier les trois premiers films de Polanski ? Peut-on voir Répulsion et saisir l’élan premier du cinéaste ? Vaut-il mieux considérer le triptyque comme un bloc fondateur, une pré-œuvre indépendante avant un rapprochement avec les studios et un exil américain ?

Dans le premier cas, il semble incohérent de vouloir cerner le jeune Polanski à cheval entre Varsovie, Londres et Paris sans se pencher sur les multiples court-métrages qui émaillent sa filmographie dans les années 50 et 60. La démarche d’Opening en 2008 était donc ouvertement partielle.

A l’inverse, briser le trio sacré permet de redéfinir la singularité de ces films.

Roman Polanski fonctionne alors sur un modèle économique réduit. Il réalise Le couteau dans l’eau à la sortie de ses études, et fait financer Répulsion par des producteurs de soft porn anglais parce qu’il n’arrive pas à trouver un budget pour En attendant Kaltenbach (titre intitial de Cul-de-sac). Mais la langue évolue, les comédiens s’affirment, les paysages défilent. Chaque œuvre dévoile une facette du réalisateur, un angle d’approche largement exploité au fil d’une carrière longue de cinquante ans. Ce n’est pas une progression sans heurts. Le cinéaste lui-même aurait sans doute beaucoup de mal à lier les films.

Le couteau dans l’eau marque la fascination primaire pour le huis clos, pour le couple séparé, déchiré. Tourné avec un minimum de moyens, il révèle l’excellence de Polanski dans la conduite d’un récit simple. Il y a déjà, chez l’étudiant, une capacité unique à poser sa caméra au meilleur endroit, à ne pas verser dans l’esbroufe. Polanski est le cinéaste de l’évidence. C’est un auteur dénué de sophistication. Dès 1962, il parvient à capter son audience en se faisant invisible. Son vrai talent, c’est de disparaitre derrière son histoire, derrière ses personnages.

Répulsion est un péché de jeunesse, l’aveu d’un amour conjugué pour la folie et le fantastique. Des psychiatres ayant découvert le film à sa sortie célébraient son excellence dans l’appréhension de la schizophrénie homicide. Polanski et Gérard Brach ne se sont pourtant pas documentés. Derrière un cadre putassier (le meurtre, et la jeune Catherine en nuisette prise par des mains sortant des murs), il y a une sensibilité acérée à l’étude d’un esprit qui se défausse. Kubrick confessera plus tard son admiration pour les films fantastiques de Polanski.

Dans Répulsion, comme dans Rosemary’s baby ou bien sûr Shining, le genre est corrélé à la maladie mentale. Le surréalisme n’est pas définitif. C’est la matérialisation d’une psyché malade. Le doute n’est jamais effacé. Trop pragmatique, Polanski a initié un genre singulier : le fantastique inassumé.

Cul-de-sac, enfin, que Roman désigne fréquemment comme étant son film favori, induit une composante essentielle à son œuvre. Avec cette escapade irlandaise, Polanski expose son sens de l’absurde. Le drame y perd de sa valeur, le récit y prend de la distance. Chez le cinéaste franco-polonais, une certaine pudeur refuse la gravité et la pédanterie.

Il s’amuse, donc, du couple, de la folie, des figures gothiques et du cloisonnement. Toute sa carrière, jusqu’au très récent Carnage, ne fera qu’exploiter ces axes familiers.

Greg Lauert

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