CE QU’IL RESTERA DE NOUS – Vincent Macaigne

15 Mai

Manifestement, il n’y aura pas de Taxi 5.

On avait quitté Vincent Macaigne dans un monde sans femmes, on le retrouve dans un monde sans père. Dans le très beau premier film de Guillaume Brac (Un monde sans femmes, donc), il était acteur. Là, il enfile le costume de réalisateur ; avec le même succès, avec la même finesse. Dans les deux films, il est question d’un trio. Une mère, sa fille, et un homme qui se voudrait disponible dans Un monde sans femmes, deux frères qui ont perdu leur père et la femme de l’un d’eux dans Ce qu’il restera de nous. On arrête là la mise en parallèle (la poursuivre relèverait de l’acharnement).

Ce qu’il restera de nous est une plongée dans un monde de bruit et de fureur, qui revisite un temps le mythe du fils prodigue. Deux frères perdent leur père ; l’un l’a renié, vit dans une R5 pourrie qu’il fera cramer et dessine pour vivre (au sens où l’on résiste à la mort), l’autre est marié, a fait HEC pour plaire au père et multiplie les stages chez l’Oréal pour vivre (au sens d’exister). Mais c’est le frère sans le sous et qui n’en veut pas qui a hérité des 30 000€ et de la maison. L’autre en a besoin. Il est alors question de haine, de colères, de frustrations, de ressacs.

Ce qu’il restera de nous est un long cri. Un exutoire pour ne pas sombrer. Chaque personnage devient transparent, translucide. Plus rien n’est caché, plus aucun mot n’est gardé secret ; il ne restera rien d’eux puisqu’ils livrent tout. Corps et âmes.

Vincent Macaigne a offert à son film l’énergie immense qu’il faut pour approcher la mort d’un parent. Ce devrait être éreintant, c’est excitant. Ce devrait être morbide, c’est vivant. Vincent Macaigne s’autorise les contre-temps, le burlesque, l’outrance, toutes ces qualités si souvent pointés du doigt en pareilles circonstances. Son film, tant par sa forme tout entière dévouée au fond que par son propos, étonne et gratte. C’est un caillou dans la chaussure. Et avant de l’enlever, on tient à faire encore quelques pas. Avoir mal pour se sentir vivre.

Romain Sublon

NB : voir le court entretien avec Vincent Macaigne, qui donne quelques clés de compréhension.

CE QU’IL RESTERA DE NOUS de Vincent Macaigne // Avec Thibault Lacroix ; Anthony Paliotti et Laure Calamy // 40 minutes – Bientôt disponible en dvd (Kazak productions)

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5 Réponses to “CE QU’IL RESTERA DE NOUS – Vincent Macaigne”

  1. boyan_d mardi 15 mai 2012 à 101039 #

    Ça donne envie de le voir.

  2. Reda mercredi 16 mai 2012 à 111101 #

    J’ai téléchargé cette horreur quand elle était dispo sur dailymotion, pour ne jamais oublier les heures les plus sombres (non mais sérieux, l’image est tellement sous éclairée)

  3. Romain mercredi 16 mai 2012 à 111136 #

    Ce sens de la mesure est toujours appréciable. « Les heures les plus sombres »… Comment dès lors parler des films de Michael Bay ou Joel Schumacher ?
    Sinon, oui l’image est sous éclairée, le son n’est pas bon etc. Il y a la technique et il y a ce que le film raconte, évoque, provoque.
    Faut il un film brillant techniquement mais indigent (Matrix) ? Ou l’inverse ?
    Bien sûr, l’idéal est la combinaison des deux (dans les deux cas d’ailleurs).

  4. Le nom des indigents mercredi 16 mai 2012 à 121204 #

    L’idéal est la combinaison des deux, c’est certain.

    Ceux qui trouvent de la finesse dans 40 minutes de cris, de pénis, de plans fixes laborieux, de recadrages hasardeux (les amateurs de finesse vous répliqueront que c’est faute de budget alors qu’après Clermont-Ferrand les adorateurs en louaient la maîtrise technique !), de rouge à lèvre étalé sur le visage, de resucée des pires clichés fournis par l’IDHEC dans les années 80 et de résolution sans aucune logique (gueuler et au final ne rien changer : hello l’art bourgeois, ça va ?) s’extasieront devant Macaigne.

    Les autres, devant Matrix.

  5. sara dimanche 24 juin 2012 à 190717 #

    Pourquoi ne pas reconnaitre qu’ avec très peu de moyen VINCENT MACAIGNE nous a transcrit des souffrances en images bien cadrés,jolie lumières de fond,Vincent Macaigne ce qui est mort il le réveille, il nous parle avec ses 3 personnages et peu de temps une histoire très puissante,comme dans ces pièces de théatre.VINCENT MACAIGNE est doué et persévérent il est précieux et très créatif.BRAVO ! et merci

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