Journal d’un CUTien à Cannes (saison 5, ép.2)

18 Mai

Et maintenant : sans les mains.

Troisième film de la compétition et première d’une longue série de séances à 8h30 du matin, De rouille et d’os (photo) est évidemment attendu au tournant. Après le succès public et critique de ses précédents films, Jacques Audiard change de registre, en apparence, du moins. S’il emprunte au mélodrame pour adapter plusieurs nouvelles de l’auteur canadien Craig Davidson, le réalisateur de Sur mes lèvres pose sa patte sur l’histoire d’amour entre un videur un peu fruste et une dresseuse d’orque amputée des jambes. Audiard est comme d’habitude très fort pour donner chair à un récit et signer des dialogues impeccables, mais il se perd en cours de route entre les récits qu’il tente de faire cohabiter. Les différentes couches de l’intrigue finissent en effet par diluer l’intéret qu’on peut porter à l’histoire et à ses personnages, laissant un goût d’inachèvement.

Bien décidé à me reposer, je fonce au Marché pour me réfugier à la séance de The Man Inside de Dan Turner, vendu un peu abusivement comme un thriller par le Cannes Market News. L’histoire de ce jeune boxeur qui essaie d’échapper à son passé, à son milieu et à l’influence de son père, un homme violent, s’apparente plus à la tradition du drame social anglais qu’à celle du polar. La mise en scène très scolaire ne m’aide pas à rester éveillé. Ca tombe bien, je n’étais pas vraiment venu pour ça.

Je conserve ainsi toute ma capacité d’attention pour découvrir Paradis : amour, d’Ulrich Seidl, qui narre les vacances d’une quiquagénaire autrichienne venue faire du tourisme sexuel au Kenya. Quand le réalisateur de Dog Days ne fait pas la petit malin et qu’il s’attaque vraiment à son sujet, il finit par se passer des choses dans cette farce tragi-comique où tout le monde semble renvoyé dos à dos. Le rythme lent et la répététion des situations mettent la patience du spectateur à rude épreuve mais font finalement le prix de ce film qui finit par exercer une certaine fascination.

Changement radical de registre et de style pour The We and the I, de Michel Gondry, ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs. Ce « petit » film de transition pour le cinéaste français, qui travaille déjà sur son prochain projet, une adaptation de L’écume des jours, est une belle surprise. On pouvait beaucoup craindre de son concept qui consiste à suivre le parcours d’un bus rempli d’adolescents excités, le dernier jour de l’année scolaire. Pourtant, tout fonctionne à merveille : Gondry installe immédiatement un rythme et une énergie qu’il parvient à conserver tout au long du film. Les jeunes comédiens, tous formidables, portent ce récit minimaliste qui ne devient jamais artificiel. On regrette le final, qui imprime une note dramatique à une oeuvre d’où le pathos était jusque-là totalement absent, mais ce léger bémol n’entame pas le capital sympathie sucité par cette énergique virée en bus à travers le Bronx.

Demain, malgré l’alcool, malgré la fatigue, malgré la pluie qui arrive, on  tente de parler de Reality, de Matteo Garrone, et de Beyond The Hills de Cristian Mungiu.

François-Xavier Taboni

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s