Journal d’un CUTien à Cannes (saison 5, ép.3)

19 Mai

Vous m’en mettrez un de chaque

Je savais qu’en allant à la (très sympathique) fête d’ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs, j’hypothéquais sérieusement mes chances de voir dans de bonnes conditions Reality de Matteo Garrone, présenté en Compétition. Eh bien ça n’a pas manqué : trois heures de sommeil ne furent pas suffisantes et j’ai trop mal suivi le nouveau film du réalisateur de Gomorra pour en tirer une impression générale. On peut quand même en retenir les points forts habituels du cinéaste : un travail exigeant avec des comédiens non professionnels, dont le formidable Aniello Arena qui tient le rôle principal, et une utilisation une fois de plus stupéfiante des décors naturels. Rendez-vous au mois d’août lors de sa sortie en salles pour un point de vue plus complet.

Il me fut également impossible de voir en entier Laurence, Anyways (photo), de Xavier Dolan, présenté à Un Certain Regard. Mais manquer quelques dizaines de minutes sur les 2h40 du film ne sont pas un frein à la compréhension d’une histoire très linéaire. Au-delà des effets de styles, plus ou moins efficaces, employés par Dolan, c’est la prestation formidable de Melville Poupaud qui emporte immédiatement l’adhésion. Le comédien fétiche de Raoul Ruiz incarne à merveille un homme qui se transforme en femme sur la durée du film. On respire en apprenant qu’il a remplacé Louis Garrel, initialement prévu pour le rôle.

Cette longue journée n’est pas terminée puisque j’enchaîne sur Au-delà des collines (2h30), de Cristian Mungiu, présenté en Compétition. Le réalisateur palmé de 4 mois, 3 semaines et 2 jours s’attache cette fois aux pas d’une jeune roumaine psychologiquement perturbée, et de sa meilleure amie qui l’accueille dans un monastère perdu dans la campagne roumaine. L’énergie, le rythme et le style du metteur en scène sont tout entiers au service de ce drame tendu, traité comme un thriller. En racontant une fois de plus son histoire en se concentrant principalement sur une action ininterrompue, le cinéaste entraîne son spectateur dans un tourbillon de sensations et d’émotions contradictoires qui ne s’interrompra que pour un dernier acte stupéfiant. Poursuivant son travail admirable sur le cadre en cinémascope, le metteur en scène compose des plans magnifiques mais jamais gratuits, où le positionnement des personnages à l’écran en dit autant, sinon plus que les dialogues, sur leur place et leur importance dans une histoire qu’il est possible d’interpréter de plusieurs façons. Avec ce film difficile, Mungiu poursuit une oeuvre exigeante, dont on espère qu’elle trouvera une place au palmarès.

Demain, j’espère bien pouvoir parler des Hommes sans loi, de John Hillcoat, de La Chasse, de Tomas Vinterberg, et pourquoi pas d’Antiviral, de Brandon Cronenberg.

François-Xavier Taboni

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