Journal d’un CUTien à Cannes (saison 5, ép.6)

22 Mai

On a beaucoup à apprendre des personnes âgées…

La pluie de la veille ayant douché mes velléités de sortie, c’est relativement reposé que j’aborde la projection de Vous n’avez encore rien vu, d’Alain Resnais, présenté en compétition. Le titre, magnifique, et l’idée que Resnais, proche des 90 ans, refasse un film qui aborde la question de l’au-delà, presque trente ans après L’Amour à mort, séduisent immédiatement. Mais le travail de mise en abyme (Resnais adapte deux pièces de Jean Anouilh), le côté ouvertement théâtral et le bricolage (le terme est de lui) de la mise en scène laissent un peu perplexe au premier abord. Il faudra sûrement revenir à tête reposée sur ce film tellement caractéristique de l’univers de son réalisateur et qui promet de s’enrichir après plusieurs visions.

Séance de rattrapage ensuite pour La Pirogue, présenté à Un Certain Regard. Evoquant le périple d’immigrants sénégalais qui veulent tenter leur chance en Europe, le réalisateur Moussa Touré signe une oeuvre sobre et efficace, et ce Lifeboat africain donne envie de découvrir la filmographie du cinéaste, qui a principalement tourné des documentaires.

L’oeuvre de Hong Sang-soo est, elle, un peu mieux connue. De fait, le réalisateur de La vierge mise à nu par ses prétendants a affiné au fil des années un style presque immédiatement reconnaissable. Du strict point de vue technique, il faudra un jour que quelqu’un se penche de plus près sur l’utilisation régulière de zooms assez brusques dont semble raffoler le réalisateur depuis Conte de cinéma. Sur le plan narratif, le cinéaste tisse une fois de plus un récit très ludique, où les scènes et les dialogues se répondent régulièrement provoquant des effets de comédie plutôt réussis. Isabelle Huppert, toute en légèreté, intègre à merveille l’univers du cinéaste sud-coréen.

J’abandonne par avance tout espoir de rentrer à la première projection de presse du Ken Loach, La part des anges, et laisse également tomber la seconde, en espérant me rattraper demain, pour découvrir dans la section Un Certain Regard, Elefante blanco, dernier opus de Pablo Trapero. En suivant le parcours de deux prêtres et d’une assistante sociale dans les bidonvilles de Buenos Aires, le réalisateur de Leonera signe peut-être son film le plus grand public. En mélangeant avec brio le thriller, le mélo et l’observation sociale, Trapero embarque son spectateur dans un beau film populaire. Et si la virtuosité de son précédent film, Carancho, sentait la démonstration de force pour impressionner Hollywood, celui-ci donne l’impression que le cinéaste a encore beaucoup de choses à filmer chez lui.

Demain, on devrait parler, entre autres, de Cogan : la mort en douce d’Andrew Dominik, et de La part des anges de Ken Loach.

François-Xavier Taboni

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2 Réponses to “Journal d’un CUTien à Cannes (saison 5, ép.6)”

  1. Patricia mardi 22 mai 2012 à 200856 #

    Cannes est un festival très excluant pour les cinéphiles qui n’y sont pas. Frustration, envie, jalousie et surtout du coup, on veut voir les films !
    Vos comptes rendus sont biens car il ne joue pas sur la corde « on parle de nous et pour nous ». Ce sont des avis synthétiques et clairs qui donnent envie ou pas. Point de nombrilisme ici, merci.
    Par contre, seul petit reproche, on aimerait parfois savoir un peu ce qui grouille en coulisses, comment ça s’organise, combien de temps pour voir un film, les choses inhérentes à la vie d’un festivalier… Vous concernant, on sait beaucoup de votre sommeil mais peu du reste (c’est un compliment et un reproche amusé !)
    Sinon, concernant le Resnais, c’est poyur moi un cinéaste surfait depuis Pas sur la bouche ; on lui prêtedu crédit au regard de son âge mais rien ne l’oblige à continuer n’est ce pas ? J’ai perdu foi en son cinéma, moi qui ait tant aimé ses premiers films… Comment le film a-t-il été reçu à Cannes ?
    A bientôt !

  2. François-Xavier Taboni mercredi 23 mai 2012 à 111153 #

    Merci beaucoup pour les encouragements et je vais tâcher de rendre un peu compte de l’ambiance dans l’épisode 7 de ce journal cannois. Le Resnais a été diversement accueilli par les festivaliers. Des échos que j’ai pu avoir, il n’a été ni haï, ni porté au pinacle. Mais je pense sincèrement que c’est un film assez fragile, qui gagnera à être revu loin du tumulte du festival.

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