[cinéphilie :] Emmanuel Finkiel

23 Mai

Emmanuel Finkiel  était à Strasbourg pour présenter son nouveau long métrage, Je suis (sortie à Strasbourg le 23 mai 2012).

Je suis est un film documentaire, soit un genre qui peut prendre toutes les formes, donc on n’a pas dit grand chose quand on a dit ça.

Dans Je suis, Emmanuel Finkiel, sans négliger sa place de cinéaste, suit trois personnages dont le cerveau a été massivement attaqué et qui tentent de regagner leurs aptitudes corporelles, intellectuelles, mémorielles et émotionnelles.  C’est long, c’est stressant, amusant, touchant.

Emmanuel Finkiel faisant fi de l’heure très matinale de notre rencontre s’est prêté au jeu de la cinéphilie, il réagit aux films suivants.

LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON (Julian Schnabel) :

Ce que ça m’évoque c’est Mathieu Amalric bien sûr. Qui est vraiment un grand acteur. Qui a réussi à faire sentir cette drôle de chose qu’est l’état de quelqu’un qui est dans les choux. Ce n’est pas facile et il le fait avec grande subtilité.

ELLE S’APPELLE SABINE (Sandrine Bonnaire) :

Ah oui, vous ne me proposez que des films qui montrent des gens comme ça… Eh bien c’est super émouvant parce qu’on sent leurs liens. Je ne pouvais jamais oublier dans chaque plan que c’est la sœur qui regarde, et que donc il y a un passé commun avec ce personnage. Non, c’est assez bouleversant. Et alors, évidemment le personnage central est bouleversant, etc., mais en voyant le film, j’ai vraiment beaucoup apprécié Sandrine Bonnaire si je puis dire. J’ai trouvé que ça semblait être une belle personne. Voilà.

JOHNNY S’EN VA T’EN GUERRE (Dalton Trumbo) :

Je l’ai vu il y a très longtemps, je ne me souviens plus bien… C’est celui qui est prisonnier de son corps ? C’est horrible. Evidemment, oui, ça me fait penser à soi-même comme prison. On éprouvait ça dans le film, ce type qui n’arrive pas à communiquer, mais dont le spectateur… C’est ce qu’on appelle une puissante ironie dramatique. Vous savez, au cinéma ce qu’on appelle une ironie dramatique, c’est quand le spectateur sait quelque chose que le personnage ne sait pas, ou les personnages ne savent pas. Et là, nous on sait que le personnage principal ressent tout, entend tout, mais il ne peut rien communiquer à l’extérieur et les gens qui sont autour de lui pensent que c’est une moule ! Et ça a le pouvoir de mettre le spectateur dans la même prison que le personnage principal, c’est horrible.

ENTER THE VOID (Gaspar Noé) :

Emmanuel Finkiel : Mais je ne l’ai pas vu.

CUT : Mais pourquoi ?

Emmanuel Finkiel : Mais je ne sais pas ! Non, mais je me pose la question ? Je ne savais même pas, j’ai honte, qu’il avait fait un nouveau film. Je suis désolé, je vais faire en sorte de le voir. Ça vous a plu ?

CUT : Oui. Et les autres films de Gaspar Noé ?

Emmanuel Finkiel : Ecoutez, moi je crois qu’il a beaucoup de talent, je suis assez impressionné par ses mouvements de caméra que je trouve très savants. Et que je trouve un tout petit peu, parfois, extérieurs aux personnages, c’est-à-dire que parfois ils m’éloignent un peu de ce qu’il raconte. Mais ça m’impressionne toujours beaucoup. Je crois qu’il a une énergie folle et qu’il a plein de choses… Je le rencontrerais bien.

LES IDIOTS (Lars von Trier) :

Vous n’avez pris que des films sur des gens cassés ? Les idiots ce n’est pas le film que je préfère de lui. Je crois qu’il nous a tous abusé avec son dogma là. Je pense que ça lui a permis d’avoir une inspiration pour le moment où il a fait Les idiots… Non, ce n’est pas le film que je préfère de lui.

VOYAGES (Emmanuel Finkiel) :

Très-très beau film ! Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise là-dessus ? C’est très difficile. C’est mon premier film. Et finalement je constate que, des années après je fais un film, un documentaire sur des cérébraux-lésés, au demeurant sur le papier rien à voir avec ces personnages de Voyages qui étaient des personnages qui étaient hantés par ce qui leur était arrivé ou par ce qui était arrivé à leur famille pendant la Shoa et qui ont du mal à vivre dans le présent, qui ont une crise forte d’identité. Vous voyez, je ne dis que des mots qui peuvent étrangement valoir pour le documentaire que je viens de faire. Je veux dire par là que je constate que finalement, on a l’impression qu’on choisit des sujets pour des raisons diverses et variées et en fait, une fois que les choses sont faites, qu’on regarde un petit peu en arrière, on voit qu’on a juste cultivé une obsession. L’obsession de la mémoire, l’obsession de l’identité. Et on constate qu’on n’a fait que des films dont les titres pouvaient s’interchanger sans problème. Voyages aurait pu s’appeler Je suis, celui-là pourrait s’appeler Voyages ma foi.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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