Journal d’un CUTien à Cannes (saison 5, ép.7)

23 Mai

A force d’abnégation, notre reporter François-Xavier Taboni a enfin ses entrées à Cannes.

Si la pluie, provoquant des annulations de séances et, pire, de soirées, semble avoir totalement anesthésié les festivaliers pendant deux jours, le soleil revient doucement et la nature cannoise reprend ses droits.

C’est dans cette atmosphère de soulagement que je découvre le très attendu Cogan : la mort en douce, d’Andrew Dominik, présenté en compétition. La déception est à la hauteur de l’attente suscitée par le nouveau film du réalisateur de Chopper. En adaptant un polar de George V. Higgins et en le replaçant dans le contexte de la crise de 2008 et de la campagne électorale de Barack Obama, Dominik veut donner un regard politique sur l’Amérique d’aujourd’hui. Malheureusement, la légèreté de l’analyse et la lourdeur du propos sautent très rapidement aux yeux des spectateurs. Et l’intrigue, extrêmement lâche, n’est prétexte qu’à de lourdes démonstrations de mise en scène, entrecoupée par des numéros d’acteurs totalement usés. La surprenante sobriété de Brad Pitt ne parvient pas à racheter ce ratage qui laisse un arrière-goût d’arnaque assez déplaisant.

Compétition toujours avec La part des anges, de Ken Loach, que je rattrape en séance officielle. Ce film, qu’on peut ranger dans la veine la plus légère du cinéaste est une comédie tout à fait regardable. Si le cinéaste et son scénariste Paul Laverty conservent leur goût pour les ficelles scénaristiques faciles, les exploits de ces jeunes écossais marginaux qui se reconvertissent en trafiquants de whisky, sont plutôt sympathiques.

C’est rempli de courage et d’une certaine appréhension que j’aborde la séance suivante, celle de Gangs of Wasseypur (de Anurag Kashyap) présenté à la Quinzaine des Réalisateurs. En effet, cette saga criminelle, qui rappelle par moments la trilogie des Parrains de Francis Ford Coppola, dure 5h20. présenté en deux séances de 2H40, le films suscite un bel enthousiasme dans la salle du Palais Stéphanie. Il faut dire que cette fresque où se télescopent, humour, scènes gore, passages musicaux, personnages attachants et fusillades homériques est une expérience des plus stimulantes.

Dernier film d’une longue journée loin d’être terminée, Holy Motors (en photo) de Leos Carax, qui fait partie de la Compétition, est lui aussi stimulant à plus d’un titre. Sans véritable intrigue, et plutôt construit comme une succession de séquences dans lesquelles Denis Lavant incarne différents personnages, le nouveau film du réalisateur de Pola X est une très belle expérience. Forcément inégal de part sa nature hétéroclite, le film est traversé par des scènes magnifiques, parfois très drôles, portées par le travail hallucinant de Lavant et par la poésie et la mélancolie de Carax qui convoque aussi bien Jules Etienne Marey que Georges Franju dans une oeuvre où se croisent Eva Mendes, Kylie Minogue, Edith Scob et Michel Piccoli.

Il est minuit quand je sors de la salle mais la soirée ne fait que commencer, alors que la fête pour le Ken Loach s’annonce aussi longue qu’alcoolisée.

Néanmoins, demain, je tenterai de parler, entre autres, de Post Tenbras Lux de Carlos Reygadas.

François-Xavier Taboni

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