Journal d’un CUTien à Cannes (saison 5, ép.9)

25 Mai

What did you expect ?

Comme chaque année, le jeudi marque le début de la fin du festival. Les séances du marché se font beaucoup plus rares et les sections parallèles touchent bientôt à leur fin. C’est dans un état d’esprit déjà un peu nostalgique que j’aborde la projection de The Paperboy (en photo) de Lee Daniels, présenté en Compétition. La troisième oeuvre du réalisateur de Precious est le premier film américain un tant soit peu amusant de la Compétition. Sur un prétexte de polar dans les Etats-Unis des années 60, le cinéaste signe une espèce de relecture trash de Tenessee Williams où Nicole Kidman serait un clone d’Elizabeth Taylor et Matthew McConaughey tenterait d’être Paul Newman. Rempli de pulsions troubles et de scènes à la limite du grotesque, le film est desservi par la mise en scène paresseuse de Daniels. Les acteurs s’en donnent à cœur joie dans les contre-emplois, mais c’est la chanteuse Macy Gray, toute en ironie et en émotion retenue, qui constitue la véritable révélation du film.

Les films des sections parallèles étant désormais projetés au Marché du Film, j’en profite pour rattraper mon retard et découvrir Student, de Darezhan Omirbaev, inspiré par Crime et châtiment. Le minimalisme du cinéaste trouve un peu ses limites dans ce film un peu sec, où il est difficile de rentrer. Les deux derniers plans, pourtant, apportent une touche d’émotion : une scène de parloir, qui a inspiré tous les admirateurs de Dostoïevski au cinéma, de Bresson aux frères Dardenne en passant par Paul Schrader, et un très beau regard caméra.

On reste dans la sobriété avec le prochain film de la Compétition, Dans la brume, de Sergei Loznitsa, présent sur la Croisette il y a deux ans avec l’aride My Joy. On reste dans le même registre avec ce film qui se déroule en URSS pendant la Seconde Guerre mondiale. En de longs plans, le cinéaste décrit le parcours moral d’un homme accusé de collaboration avec les allemands. Sur un récit régulièrement ponctué par des flashbacks, le réalisateur filme, au cœur d’une nature indifférente, le destin d’une poignée d’hommes confrontés à leur destin. Si le brio de l’auteur est indéniable, comme pour My Joy, il est difficile d’admirer immédiatement un film qui ne s’offre pas facilement à ses spectateurs.

La question se pose moins avec Trois mondes, de Catherine Corsini, présenté dans la section Un certain regard. Dans la veine du nouveau cinéma noir français, la réalisatrice de La nouvelle Eve, tente de tracer les parcours de plusieurs personnages liés par un terrible accident de voiture. Il est difficile d’avoir beaucoup d’empathie pour des personnages qui font systématiquement les mauvais choix, prisonniers d’un scénario très prévisible et dont la conclusion maladroite n’arrange pas beaucoup la structure.

Pour me changer les idées, je me rends à la fête de Post Tenbras Lux où on m’annonce moult bouteilles de mescal. Mais pour d’obscures raisons administratives, l’événement est strictement encadré par les forces de police et l’alcool promis devient inaccessible. Tant pis, c’est une bonne excuse pour me coucher un peu plus tôt que d’habitude, à quatre heures du matin.

Demain, si tout se déroule sans accrocs, je parlerai de Cosmopolis, de David Cronenberg, et de L’ivresse de l’argent de Im Sang-soo.

François-Xavier Taboni

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s