[cinép(h)age] : THE DARK KNIGHT : LE CHEVALIER NOIR (ép. 22/25)

4 Juin

Un super héros de Bob Kane et Bill Finger (dès 1939)

Un film de Christopher Nolan (2008)

Le réalisateur anglais Christopher Nolan n’en est pas à son coup d’essai quand il réalise en 2008 The Dark Night : Le Chevalier noir, qui raconte les sombres aventures de Batman. En 2005, il a déjà été appelé pour tourner Batman Begins, déjà avec Christian Bale (Batman), Michael Caine (Alfred, le fidèle majordome) et Morgan Freeman (qui gère le département innovation de Batman).

Nolan introduit une rupture dans la saga. Il succède aux deux volets de Tim Burton (Batman (1989) et Batman, le défi (1992)), et aux deux films de Joel Schumacher (Batman Forever (1995) et Batman et Robin (1997)). Il rompt avec une certaine tendance à la caricature, voire au grotesque, au côté carnaval présent surtout dans les films de Schumacher. Certes, cette ambiance WAOUH ! SPLASH ! BOOM ! FZZZZ !, est bien dans les BD d’origine, mais le personnage a évolué, devenant plus sombre, plus tourmenté. Arkham, la ville où se situent les aventures de l’Homme chauve-souris, sorte de Chicago-New-York figé dans les années 1950, est un concentré de la société urbaine. Toutes les questions importantes sont posées dans la BD : Comment vivre ensemble ? Qu’est-ce qui génère le crime ? Que faire des criminels ? Jusqu’où peut-on aller pour faire régner l’ordre ? Quel sort réserver aux psychotiques ? (traditionnellement internés à l’asile d’Arkham). Autant de questions sous-estimées dans les films antérieurs à Nolan, qui apparaissent plus comme de purs divertissements.

Nolan est sans doute le cinéaste le plus fidèle aux ambitions de la BD, dont l’une des caractéristiques est de rendre les personnages tous ambigus. A commencer par Batman, qui mène une vie schizophrène. En société, Bruce Wayne est un riche héritier mystérieux et toujours bien accompagné, la nuit, c’est un justicier incorruptible. Le commissaire Gordon, figure de l’honnêteté, a des faiblesses morales dans la BD (marié, il a une love affair avec une de ses collègues). Le procureur Harvey Dent, joue un jeu trouble. Quant au maire, il est corrompu jusqu’à l’os avec des flics ripoux. Nolan conserve toute cette complexité : Dent passe d’un bord à l’autre, Gordon fait passer son travail avant sa famille et Bruce Wayne est bien tenté d’adopter le vieil adage : la fin justifie les moyens.

Surtout, planant sur tout le film de Nolan et véritable fil conducteur de l’intrigue, le Joker (Heath Ledger), empêche ce beau monde fragile de vivre dans le déni. Il est le Mal incarné, qui agit sans autre intérêt que faire souffrir, sans règles, sans habitudes, manipulateur pervers toujours sûr de gagner. Il semble toujours dire : Ne vous cachez pas derrière des apparences de sociabilité, vous voyez bien qu’au fond de vous, vous êtes comme moi. Un discours qu’il répète sans fin à Batman. Il se joue des politiques, des citoyens, des justiciers et même de la pègre. C’est l’ennemi le plus complexe de Batman, et le seul à sa hauteur.

Heath Ledger (Le Joker)

Nolan a ses habitudes et il s’y tient. Les thèmes qu’il apprécie sont tous dans ses deux versants filmés de Batman : la vengeance, les réflexions sur la moralité (souvent dans les dialogues entre bourreaux et victimes), la violence physique jusqu’à la torture, les personnages au passé tourmenté, la dualité des identités. Et le réalisateur parvient à mêler toutes ses questions sans rien sacrifier à l’action, avec des scènes spectaculaires : l’exfiltration de l’entrepreneur véreux de Hongkong, les poursuites nocturnes dans la ville, l’excellente entrée en matière avec le braquage de la banque.

La nuit est aussi un personnage à part entière dans toutes les adaptations de Batman et Nolan l’utilise à merveille. Avec ce paradoxe : c’est lorsque les personnages mettent un masque qu’ils sont les plus sincères, les plus authentiques, qu’ils soient bons ou méchants. Lorsque les citoyens lambdas dorment, la faune du Bien et du Mal joue le jeu de la sélection (morale) naturelle.

A voir les bandes annonces de The Dark Night Rises, en sortie le 25 juillet, toujours par Nolan, on peut se dire que le côté sombre atteint son paroxysme (avec des effets numériques plus présents, à voir s’ils servent l’intrigue.). Anne Hathaway jouera le rôle de Catwoman. Christian Bale rempile. Et Tom Hardy sera le méchant. Attention : épilogue.

Franck Mannoni

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