[dvd :] Gothique à l’italienne

15 Juin

Ed. Artus films

Vierges pour le bourreau – Massimo Pupillo (1965)

L’Orgie des vampires – Renato Polselli (1961)

L’Effroyable Secret du Dr Hichcock – Riccardo Fredda (1962)

Les éditions Artus Films poursuivent leur exploration de l’univers gothique avec trois films italiens des années 1960. Au cinéma, le gothique se définit comme en littérature par une quête des espaces liminaires, c’est presque un état psychique vers une autre réalité, censé nous faire passer de l’extase à l’effroi. Pendant les sixties et en Italie, cela se traduit par des films qui vont très loin pour l’époque : fantasmes saphiques, nécrophilie, sadisme. Le tout aspergé d’hémoglobine et peuplé de spectres et de vampires.

En témoigne ce Vierges pour le bourreau de Massimo Pupillo (1965), qui raconte comment un éditeur, venu faire un shooting pour ses couvertures dans un château qu’il croit abandonné, se retrouve harcelé avec ses nymphettes par un tueur, imitateur d’un pourfendeur d’âmes du XVIIe siècle. Pupillo fait tourner son producteur Ralph Zucker (le photographe), le coproducteur Walter Brandi, une secrétaire de production (une mannequin) et même sa petite amie du moment.

Vierges pour le bourreau

1965 marque déjà la fin du gothique italien. L’oeuvre de Pupillo n’en reste pas moins originale. Elle est l’ancêtre des films de torture, qui auront du succès bien plus tard. Si le scénario est classique pour le genre : un huis clos et l’élimination une à une des victimes par des procédés divers, le film multiplie les références directes aux romans-photos horrifiques, très à la mode à l’époque. Notamment Satanik, qui sera censuré en France. Bien sûr, le bourreau en collant rouge peut faire sourire, mais n’oublions pas que le film a été édulcoré pour échapper à une censure -18. Et qu’une version plus musclée, diffusée la nuit dans quelque obscures salles de cinéclub, n’a été vue que par les cinéphiles. Un érotisme soft plane sur tout le film, qui contraste avec des scènes de violence, plus troublantes à l’esprit qu’à l’image. Le moindre épisode des Experts en (-10) d’aujourd’hui est plus démonstratif et réaliste.

L’Orgie des vampires

L’Orgie des vampires de Renato Polselli (1961) nous plonge dans l’univers très étrange du réalisateur. Le cinéaste ouvre le bal avec une scène de cauchemar très bien tournée : ralentis, accélérés, flous, voix en écho : tout le panel cinématographique est utilisé en quelques tableaux. Là encore, le scénario reste sans surprise : une troupe de danseuses, qui répète un spectacle, se retrouve prise au piège dans le théâtre. Un vampire kidnappe les jeunes artistes dans les coulisses pour en faire ses esclaves damnées. Polselli met en scène tous ses fantasmes : les jolies filles qui multiplient les numéros de danses jusqu’à la transe, la domination, le sadisme, un érotisme saphique permanent. Le vampire grimaçant fait le lien. De très belles trouvailles psychédéliques et hystéroïdes sortent ce film du lot commun, même s’il a un certain côté répétitif. Comme souvent, le film a eu plusieurs titres, Le Monstre de l’opéra, Le Vampire de l’opéra en sont quelques-uns parmi d’autres.

Barbara Steele prisonnière du cercueil

Enfin, L’Effroyable Secret du Dr Hichcock de Riccardo Fredda (1962) porte bien son nom puisqu’il explore un thème rarement abordé au cinéma : la nécrophilie. L’actrice Barbara Steele interprète le rôle de l’épouse du macabre chirurgien. Elle figure aussi au générique de Vierges pour le bourreau. Inconsolable après le décès de sa femme, décédée des suites des expériences médicales qu’il a menées sur elle, le docteur Hichcock cherche un moyen de la ramener d’entre les morts. Sa nouvelle compagne va lui servir de réservoir de jeunesse. Hichcock ressent une attirance érotique pour les jolies femmes… mais mortes. C’est une particularité qui lui pose quelque soucis dans son quotidien. Si le thème est lourd, Fredda limite les scènes explicites et s’en remet aux ambiances d’épouvante. Il laisse aussi une grande place aux silences. Il s’inspire des films de la Hammer, réputée pour avoir popularisé les aventures de Dracula et autres suceurs de sang, mais pousse l’horreur encore plus loin. Sous ses airs classiques, L’Effroyable secret confronte le spectateur aux pires tabous. Difficile de parler de happy end. Disons que tout le monde ne finit pas six pieds sous terre.

Un documentaire proposé par Artus à la fin de chaque film (deux interviews d’Alain Petit – scénariste, dialoguiste, acteur et spécialiste de l’horreur – et une du journaliste Gérard Lenne) permet de bien comprendre l’histoire du cinéma d’horreur à l’italienne.

Franck Mannoni

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