[cinéphilie :] Laurent Boileau

16 Juin

Laurent Boileau, coréalisateur avec Jung du film Couleur de peau : miel adapté de la bande-dessinée autobiographique d’icelui, était à Strasbourg pour présenter ce premier long métrage (en salles le 13 juin 2012).

Couleur de peau : miel raconte l’adoption d’un gamin des rues Coréen par une famille Belge à une époque où « il était chic d’avoir son petit asiatique ». Dans le village où il atterrit, Jung est loin d’être le seul Coréen, son rejet de sa culture d’origine n’en est que plus fort.

Archives familiales et historiques se mêlent harmonieusement aux parties en animation qui reviennent sur l’enfance et aux prises de vues documentaires qui nous montrent Jung adulte renouer avec sa Corée natale. Mais ce n’est pas le seul cordon ombilical auquel se raccroche d’abord à contre-coeur ce personnage conflictuel…

Laurent Boileau, dont l’influence sur la façon de raconter cette histoire ne s’est pas cantonnée à la seule partie technique, nous livre ses souvenirs et impressions des films suivants.

UNE VIE TOUTE NEUVE (Ounie Lecomte) :

Dans un premier temps, on se dit zut déjà un film sur une adoptée en Corée ! On est nous aux prémices de notre projet et on se dit : ça va nous savonner la planche. Dans un deuxième temps, je regarde le film, je le trouve magnifique. C’est vraiment un film très touchant, qui est complémentaire au notre puisqu’il n’évoque que la période de l’orphelinat. Au moment où le père de cette petite fille dépose l’enfant à l’orphelinat ; et la fin du film c’est quand elle arrive en France. C’est un film qui m’a beaucoup ému et que je trouve une vraie réussite. Je suis vraiment ravi qu’Ounie Lecomte ait fait ce film.

PERSEPOLIS (Marjane Satrapi) :

Un film qui mérite son succès. Un film que je trouve là aussi très intelligent dans sa capacité à pouvoir toucher un public très large. C’est-à-dire à la fois un public adulte, mais aussi un public enfant. Ça fait partie de ces films qui permettent, en famille, de montrer des choses peut-être plus difficiles, plus dures. Alors ça demande un peu de pédagogie, ce n’est pas Madagascar 3 que les enfants réclament d’aller voir à leurs parents, mais c’est le genre de film qu’en tant que parent on peut emmener ses enfants voir, ce sont des films qui prêtent à discuter en famille. Je trouve ça très intéressant. Et graphiquement, je trouve ça très chouette, le parti-pris du noir et blanc qui se justifie totalement par rapport à l’Iran… C’est un film que j’ai beaucoup aimé.

VALSE AVEC BACHIR (Ari Folman) :

Quand est-ce qu’il sort Valse avec Bachir ? 2007 ? 2008 ? Je crois me souvenir, il faudrait vérifier la date, que c’est quasi au moment où je commence à travailler sur Couleur de peau : miel et quand je le vois, je me dis : ouaou, heureusement qu’il n’a pas fait toutes les séquences documentaires en prises de vues réelles, sinon on aurait dit qu’on voulait faire la même chose et qu’on n’étaient qu’une pâle copie de Valse avec Bachir ! C’est un film où je trouve que sa force est dans toutes les séquences de souvenirs, sa faiblesse étant dans la partie plus documentaire, quand le héros va rencontrer différentes personnes et qu’ils ont des discussions un peu informelles sur leur passé au Liban. Ce sont des séquences qui en termes d’animation sont un peu faibles, en termes de mise en scène ne sont pas extraordinaires. Par contre toute l’évocation de la guerre et de ce qui s’est passé au Liban est à tomber par terre. On se rend compte qu’un film peut avoir certaines faiblesses s’il a des forces qui supplantent ces faiblesses. C’est un film magnifique aussi. Et puis que ce soit Persepolis ou Valse avec Bachir, ce sont des films qui montrent que les films d’animation ne sont pas que pour la jeunesse. On peut vraiment avoir un public adulte qui se déplace en masse pour aller voir ce genre de films et ça fait du bien. Mais malgré tout, malgré ces deux succès en salles, l’animation reste désespérément, en France en tout cas, associée à un public jeunesse. A mon grand regret.

PINNOCHIO (Walt Disney) :

Ce nez qui s’allonge, s’allonge, s’allonge, en tant que parent on ne peut qu’y faire référence dès qu’on a l’impression que son enfant ment effrontément. Ce n’est pas le Walt Disney qui m’a le plus marqué, celui qui m’a le plus marqué c’est le premier que j’ai vu, j’avais 6 ou 7 ans, c’est Bambi. Voilà, Bambi ça fait pleurer quand on est enfant.

QUARTIER LOINTAIN (Sam Garbarski) :

Une adaptation risquée d’un manga qui avait eu un grand succès, qu’il transpose dans la France des années 50. J’étais assez partagé sur ce film. J’ai trouvé qu’à la fois il y avait une grande qualité dans l’adaptation, dans l’esprit, par contre j’étais un peu déçu par le décors qui faisait un peu trop sorti du musée. Ça manquait un peu de vie, de véracité. On sent trop le décorateur qui met en place la chambre, on sent trop qu’on a sorti les trois vieilles voitures du musée et qu’on les a bien garées parce qu’on n’avait pas le droit de les faire rouler dans la rue… Voilà, un sentiment un peu partagé sur ce film…

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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