[agitation :] De Groland au Grand soir

27 Juin

Ed. Capricci

Le livre De Groland au Grand soir est un grand entretien, mené par Hervé Aubron et Emmanuel Burdeau, avec les messieurs Gustave Kervern et Benoît Delépine. Deux textes, courts et analytiques, précèdent cet entretien fleuve ; le premier Après le travail, signé Emmanuel Burdeau, revient sur les films signés par le duo (Aaltra, Avida, Louise Michel, Mammuth et donc Le grand soir) et le deuxième Notes sur Groland, signé Hervé Aubron, épie le phénomène Groland avec envie. Puis vient le grand entretien : 187 pages, dont quelques photos, des notes de tournage de Avida et un dessin, forcément superbe, de Blutch.

Il faut d’abord applaudir de ses deux mains – fraîchement libérées du poids d’une cannette pour l’une, d’un canon pour l’autre – le projet en tout points salutaire. L’entretien est un exercice en voie d’extinction et le tandem Burdeau-Aubron lui redonne là quelques belles couleurs (et raisons d’espérer en de jours meilleurs).

La construction de cet entretien est parfois déroutante ; on a l’impression que les deux journalistes ont opté pour une retranscription chronologique et donc ; failles temporelles, répétitions et transition à coups de saut dans le vide sont au rendez-vous. Et ce n’est finalement pas si désagréable. Car au cœur de ce cadre à géométrie variable, le propos y est toujours dense et pertinent. Quand il n’est pas excitant et croustillant ! Car oui, Delépine et Kervern sont aussi capables à se laisser aller à quelques confessions mondaines, quelques anecdotes savoureuses, avec tache de vin sur la chemise. Cela va de soi.

Prenons le temps d’un bémol ; il y a quelques échanges in situ, là pour garder du réel (on pense à des commandes de plat au restaurant), mais ce n’est pas toujours très heureux, un peu excluant. D’autant qu’il n’y avait nul besoin de l’écrire, on entendait déjà les coups de fourchettes !

Evidemment, cet entretien apprend beaucoup sur la façon de faire du duo. Entre rigueur et improvisations, Kervern et Delépine trouve un équilibre de tous les possibles. On y a apprend aussi, et surtout, que les repérages sont un moment de grâce, où l’on cherche le bac à sable dans lequel faire joujou, que c’est au tournage que le film se construit (le scénario n’étant qu’un piège à soutiens financiers), que l’amour des acteurs n’a pas de limite, et que des plans fixes, comme l’absence de musique, ça peut faire du bien.

Mais là où cet entretien surprend et explore une piste parfaitement jouissive, c’est quand il confronte Kervern et Delépine aux autres cinéastes, aux autres films, aux autres courants. Il est alors question d’art brut, de burlesque, de Fernando Arrabal, Jean-François Stévenin, Aki Kaurismaki, Maurice Pialat ou Mathieu Kassovitz, de films d’aujourd’hui (Joy, Polisse, L’exercice de l’état…) et d’hier (Rainbow for Rimbaud, La Haine, Les galettes de Pont-Aven…). Le plaisir de lecture est total et l’entretien se dévore alors comme un paquet de chips au vinaigre.

En somme, De Groland au Grand soir est un livre qui se lit cul sec.

Romain Sublon

De Groland au Grand soir (édition Capricci) // Disponible en librairies // 16€

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