[cinéphilie :] Matthew Gordon

8 Juil

Matthew Gordon était à Strasbourg pour présenter son premier long métrage de fiction, Summertime (sortie le 4 juillet 2012).

Comme son titre « français » l’indique (en VO c’est The Dynamiter), Summertime se déroule en été, saison d’apprentissage pour notre jeune héros, Robbie, un adolescent livré à lui-même et totalement dévoué à son petit frère. Les deux garçons ont beaucoup de temps libre et pas énormément de perspectives pour l’occuper, le retour du frère ainé va dévier le cours de cet été typique des petites villes du Sud des Etats-Unis…

Matthew Gordon s’est prêté, en français, au jeu de la cinéphilie, il réagit aux films suivants.

GLORIA (John Cassavetes) :

Matthew Gordon : Je n’ai pas vu ce film, pas encore.

CUT : Un autre film de Cassavetes alors?

Matthew Gordon : Shadows, Husbands, oui. Opening Night, The Killing of a Chinese Bookie… Qu’est-ce que vous voulez savoir ?

CUT : En fait j’ai l’impression que votre façon de travailler se rapproche de celle de Cassavetes…

Matthew Gordon : Shadows est le premier film de Cassavetes, je l’aime beaucoup. C’est un film très sauvage. Avec des gens réels. C’est une collection de moments réels. Pas à pas, essayer de comprendre la difficulté d’être jeune dans une grande ville. Comprendre les petits moments qui changent la vie quotidienne. Et c’est dans un style qui permet aux spectateurs de se poser des questions. Je connais les gens du film, ce sont mes amis ou des personnes avec lesquelles je travaille ou avec lesquelles j’étais à l’école : ce sont des types très communs. C’est frappant de faire une étude des gens comme ça. Mon film préféré de Cassavetes est peut-être Une femme sous influence. Gena Rowlands est merveilleuse dans ce rôle de femme, de mère qui devient folle… Ce sont des moments très spéciaux dans le cinéma. Pour moi ce sont des moments de vie. J’ai besoin de ces événements dans le cinéma parce que je peux apprendre de ces films, de ces scènes, de ces choix. Le style de Cassavetes est très patient : pas lent, mais patient. Et c’est très bien observé. Pour moi, quand j’avais 12 ans, 13 ans, aux Etats-Unis -je suis né à Baltimore-, oui c’était merveilleux les films comme Star Wars, les films à grand spectacle, j’aime beaucoup ce cinéma c’est sûr, mais le cinéma de Cassavetes ! Il y en a d’autres, j’ai toujours beaucoup aimé Le feu follet de Louis Malle… Un genre de cinéma que j’ai aimé pour les leçons de vie. Ca m’a aidé à vivre, à comprendre mes premières relations avec ma petite amie par exemple. Ou le changement dans mes relations avec mes parents, mes amis… Ça c’est un grand rôle du cinéma ! Je pense que cette relation entre les spectateurs et le cinéma est un peu déformée aux Etats-Unis, mais nous avons la chance d’avoir un cinéma comme celui de Cassavetes.

STAND BY ME (Rob Reiner) :

Ah, Stand by me ! C’était un grand film pour moi. Je l’ai vu quand j’avais 16 ans, j’étais avec ma petite amie et un grand ami à moi. C’est un moment de ma vie où il y a eu beaucoup de changements, très vite. C’est un film merveilleux sur les espoirs, les émotions très subtiles et douces et fragiles de la jeunesse. Et sur les amitiés éternelles. C’est très simple, les acteurs sont de merveilleux jeunes gens. Bien sûr c’était le commencement de l’étoile de River Phoenix. C’est un film qui m’a beaucoup marqué. Et il y a des influences de ça sur notre film, c’est sûr. La musique est magique aussi. C’est un rythme qui est toujours à l’intérieur de moi, ça me donne le sentiment d’avoir le coeur beaucoup plus ouvert. Pour moi c’est le message de ce film.

ROGER & ME (Michael Moore)

J’aime beaucoup les documentaires, je fais ce boulot. C’était vraiment le premier film dont je peux me souvenir qui communiquait le désir des gens communs, aux Etats-Unis, d’avoir des réponses de ceux qui sont un peu les élites. C’est aussi le commencement du réalisateur d’un documentaire qui peut devenir un personnage. Moi, je ne choisis pas ce style, ce n’est pas mon idéal, mais je pense que ce film était très important pour ouvrir la possibilité de faire la liaison entre les gens de toutes les classes de la société. C’est aussi le commencement d’une carrière importante pour le réalisateur. Et il a toujours beaucoup de choses à dire. Mais c’est clair que ses documentaires, c’est un autre style. Je pense que ça a aussi créé plus de spectateurs pour le documentaire, et ça c’est toujours une bonne chose.

LES RAISINS DE LA COLERE (John Ford) :

C’est une grande influence. J’ai vu ce film pendant mes années d’école. C’est un portrait très ouvert, très simple, très majestueux de ces années de dépression aux Etats-Unis. John Ford est un grand réalisateur, un grand raconteur d’histoires. Il créé des histoires, des environnements totalement sans compromis. C’est nécessaire de comprendre la difficulté des personnages : il les comprend et c’est un grand monde qu’il crée. C’est très doux, c’est très sensible. Il fait très bien sentir les émotions mais sans mélodrame. C’est un très beau cadeau qu’il nous fait. C’est un vrai génie du cinéma. Il a une grande confiance en l’importance de ses histoires et en son style. John Ford c’était un très grand, un homme qui représente, je pense, une génération entière du rêve américain. Mais l’histoire se répète toujours et j’ai emprunté beaucoup de choses à ce film pour notre film. J’ai essayé d’emprunter !

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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