[dvd :] CHACUN POUR SOI – Giorgio Capitani

24 Juil

Éd. Artus films

Chercheur d’or pugnace et vieillissant, Sam Cooper finit par trouver le filon après des années de fouilles infructueuses. À la recherche d’un homme de confiance pour lui prêter main forte, il fait appel à Manolo, qu’il a élevé. Celui-ci le rejoint mais il est suivi par le Blond, dont il semble être sous la coupe. Cooper demande alors à Mason, vieil ami avec qui il a un contentieux, de les accompagner…

Pas difficile de supposer au vu de ce résumé des similitudes avec Le trésor de la Sierra Madre de John Huston. Là où le film surprend sur ce canevas éprouvé, c’est dans un traitement où la tradition westernienne américaine est systématiquement mise en parallèle avec les récents archétypes du western spaghetti. Sous forme de note d’intention, cette opposition se retrouve déjà dans le casting : deux vieux routiers du cinéma Hollywoodien (Van Heflin et Gilbert Roland) face à deux pistoleros réguliers des studios italiens (George Hilton et Klaus Kinski).

Giorgio Capitani, qui ne tourna par ailleurs quasiment que des comédies qui n’ont pas laissées d’empreintes impérissables dans l’histoire du Septième Art, touche ici sa cible à tous les coups. Plus encore que dans des chevauchées et des fusillades à quatre contre vingt fort bien emballées, c’est dans les rapports entre les personnages que le film marque. Rarement aura-t-on vu une telle perversité dans un western. Personne ne se fait confiance, tout est affaire de domination. Klaus Kinski, méphistophélique (le bougre se paye le luxe d’apparaître pour la première fois à l’écran déguisé en prêtre) joue un tueur homosexuel qui entretient avec son mignon (le beau, charmeur, tireur émérite, lâche et parfaitement veule George Hilton) une relation purement sadomasochiste. Gilbert Roland a la rancune tenace et injuste. Van Heflin est un beau-père qui pratique le coup de poing. Les moments d’entente, de rapprochement, sont toujours suivi d’un dérapage. Les affinités sont à sens unique ou biaisées. C’est un véritable panier de crabes. Ça fonctionne comme sur des roulettes à l’écran parce qu’en dehors de Kinski, totalement irrécupérable, tous les protagonistes ont des bons côtés et l’ambiguïté qui se dégage de leur relations fait sans cesse rebondir l’intérêt. Presque un western psychologique en somme, dont le dénouement sera d’une terrible amertume, cela va sans dire.

En bonus, une intervention un peu décousue mais qui dégage des points intéressants du bédéaste et grand amateur de westerns italiens Curd Ridel. Pour conclure dans l’éloge et l’enthousiasme: une œuvre assez peu connue, mais qui trouve, par sa singularité et sa noirceur, sa place au milieu des meilleurs westerns transalpins. Rien que ça.

Mathias Ulrich 

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