[à l’affiche :] HOLY MOTORS – Leos Carax

30 Juil

Merde !

Les limousines de Carax ont une voix et un moteur. Les caméras aussi.

Le personnage de Denis Lavant voyage à l’arrière d’un véhicule mené par Edith Scob. Il se maquille, se démaquille, se remaquille, se prépare pour une de ces énièmes performances supposées émailler sa journée. Il enchaine les happenings, les situations, les rôles dans un univers fantasmé. Pour Carax, les scènes se succèdent comme des tableaux indépendants. Du monstre des égouts qui bande pour Eva Mendes chantant une berceuse, au père crapotant dans une vieille 205, il semble y avoir un infranchissable fossé.

Pour relier ces éléments, il fallait la combinaison d’une incroyable audace et d’un acteur caméléon. Il fallait que Carax abandonne la pédanterie distanciée de Pola X pour succomber au sublime mélodrame. Il fallait qu’il sillonne dans les méandres du mensonge, de la comédie,  pour toucher enfin à une forme de vérité.

Le cinéaste revient sur les écrans après treize années de silence. Carax la légende surpasse aisément Carax l’artiste. Leos était un dossier archivé dans la mémoire cinéphile. S’il fait, pour son retour, un exercice de mémoire, un film d’amoureux du 7ème art, convoquant les masques de Franju et la mèche courte de Jean Seberg, l’auteur s’attache à une problématique très contemporaine.

Si le cinéma est partout, si tout est cinéma, comédie, jeu, alors le cinéma n’est plus rien.

L’œil omniscient le condamne à une mort certaine. Lavant joue, rejoue, mais personne n’a dit moteur. Et personne ne coupe. Les pires drames, les plus grandes douleurs ne sont le produit que d’un savant maquillage.

Selon Malraux, le grand problème de la vie de chacun serait de réduire la part de comédie.

Carax resitue le problème cinquante ans plus tard. Concrètement, chaque attitude, chaque mouvement est un jeu. Son protagoniste évolue sous l’œil d’une caméra invisible. Il jauge et juge une société où l’œil électronique est omniprésent, où l’humain est en perpétuelle représentation. Les séquences disparates font le choix du grotesque ou de l’intime. Le spectateur s’emballe, réagit, mais tout est faux. 24 mensonges par seconde.

Aux deux tiers du récit, le cinéaste introduit une scène de rencontre au coeur de la Samaritaine, lieu de vie déserté, abandonné. Deux solitudes s’opposent, deux comédiens tombent le masque, un passé semble resurgir. La scène évoque la comédie musicale, tutoie les plus grands mélos. C’est un instant précieux, parce que Carax abandonne enfin la mise en abime.

Denis Lavant est un spectateur de sa propre réalité. Il suit le personnage de Kylie Minogue, de l’entrée jusqu’au toit, il l’écoute chanter. Et c’est là que se situe l’improbable climax d’Holy Motors. Le détour aura des conséquences dramatiques dont on ne pourra saisir la portée. Monsieur Oscar reprend le cours de son périple jusqu’à ce final grotesque et désarmant. Sans moteur, sans action. La comédie est une seconde nature.

N’en déplaise à Malraux, personne n’oserait en réduire la part.

Greg Lauert

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