[à l’affiche:] THE COLOR WHEEL – Alex Ross Perry

1 Août

Alex Ross Perry et Carlen Altman devant l’affiche de « Magic Mike » de Steven Soderbergh.

Où se situe le point de rupture entre un frère et une sœur ? Qu’est-ce qui amène une personne à poursuivre ses rêves à tout prix, et une autre, à les abandonner ? Voici deux des nombreuses questions que le jeune cinéaste américain Alex Ross Perry s’est posé avant de s’embarquer à bord de son modeste second long-métrage, The Color Wheel. A la place du co-pilote, se trouve JR, une fille qui rêve de travailler à la télévision, et au volant, son frère, Colin, qui accepte de faire un petit voyage en sa compagnie dans le but de récupérer les affaires qu’elle a laissé chez son prof et ex-amant. Seulement, JR et Colin ne s’entendent guère et demeurent un peu trop immatures pour essayer de bien s’entendre et mieux se connaître…

Tourné en trois semaines en 16mm et en noir et blanc avec un budget avoisinant celui du récent et surprenant Bellflower d’Evan Glodell (c’est-à-dire moins de 20 000$), The Color Wheel est un road movie romantique entre un frère et une sœur. Non, le film n’a pas été tourné dans les Vosges, mais dans les environs de New York que le réalisateur a choisi d’immortaliser en s’inspirant d’une série de photos de Robert Frank tout simplement intitulée The Americans. Le noir et blanc granuleux semblable à celui des clichés du photographe donne au film une dimension quasi-intemporelle et a le pouvoir de révéler une beauté étrange aux moindres moments banals (bouffer dans un fast-food, rouler sur l’autoroute, faire un doigt d’honneur à un chat). Ross Perry n’est évidemment pas à l’abri des jugements de certains critiques qui pourraient considérer son film de cliché arty du cinéma indépendant US, mais le fait est que The Color Wheel est heureusement très éloigné d’un film comme The Pleasure of Being Robbed de Joshua Safdie sorti en 2009 (pour donner un exemple de complaisance incarnée).

Avant d’être un film posant des questions plus ou moins sérieuses, The Color Wheel est surtout une comédie. Grinçante. JR est encore une gamine, elle rêve de bosser à la télévision, mais ne fait pas grand-chose pour y arriver (à part coucher avec son prof qui lui a promis des auditions) et son frère, Colin, est un garçon qui a laissé tomber ses rêves, préférant se soumettre à des petits boulots et vivre chez ses parents avec sa copine pour ne pas avoir de loyer à payer. Les deux êtres ont une vision de la vie et des caractères très opposés : l’un est imprévisible, l’autre est plus rationnel. Mais lors d’une séquence assez drôle se déroulant dans une fête organisée par les anciens camarades des protagonistes, on s’aperçoit qu’ils ont tout de même une chose en commun : la peur des autres. The Color Wheel, malgré son allure, est une comédie finalement peu éloignée de la nouvelle vague de comédies US régnée par le roi Judd Apatow : les protagonistes peuvent être considérés comme des losers et se jettent des vannes désagréables à la gueule, et jouent, sans le savoir, le rôle du thérapeute de l’autre. Ceci et une certaine colère envers les personnes qui disent prétentieusement être responsables grâce à un job stable et des morveux à nourrir. The Color Wheel c’est un peu une comédie Apatow écrite par Kevin Smith et Woody Allen et filmée par Jim Jarmusch.

Cela dit, les influences du réalisateur demeurent complètement différentes : « Les influences de The Color Wheel peuvent sembler extrêmement éloignées, mais selon moi, proviennent de la même source. Les pulsions à l’œuvre dans les derniers films de Jerry Lewis répondent tout à fait à la représentation solitaire de la frustration sexuelle masculine dans le chef d’œuvre de Vincent Gallo, The Brown Bunny. L’esprit et le ton des romans de Philip Roth ont beaucoup influencé la genèse du projet (…) » (extrait de la Note du réalisateur inclus dans le dossier de presse réalisé par Makna-Presse). En bref, votre rédacteur est un peu à côté de la plaque, sans pour autant dire que la connexion entre The Color Wheel et The Brown Bunny demeure incohérente, la substantifique moelle du film, l’ambiguïté un peu dérangeante de la relation entre les deux protagonistes et même un peu l’égo font énormément écho au film de Vincent Gallo, mais le traitement en est très éloigné.

Même si le film de Ross Perry ne se prend pas vraiment au sérieux, il n’échappe pas à quelques coquetteries de mise en scène « arty-style » qui risquent d’agacer certains spectateurs, et qui sont pour la plupart réussies ou maladroites. Le réalisateur a voulu s’inspirer de la mise en scène des vieilles comédies romantiques hollywoodiennes, seulement il semble s’être un peu perdu en chemin et a fini par se rendre compte du peu de moyen dont il disposait pour finalement se laisser aller à une réalisation un peu plus spontanée. Pour le casting, Alex Ross Perry a choisi de se glisser dans le rôle du frère grincheux et se révèle plutôt crédible. Quant au personnage de JR, c’est une jeune et jolie inconnue, Carlen Altman (aussi co-scénariste) qui livre une prestation attachante.

Parmi les pépites du cinéma (très) indépendant US de cette année, The Color Wheel, à la fois sympathique et inconfortable, demeure aisément l’une des plus intéressantes (mais pas la plus réussie) aux côtés des excellents Walk Away Renée de Johnathan Caouette et Bellflower.

Rock Brenner

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s