[cinéphilie :] Carine Tardieu

22 Août

Carine Tardieu (réalisatrice) était à Strasbourg pour présenter son nouveau film, Du vent dans mes mollets (sortie 22 août 2012).

Deux fillettes s’y découvrent joyeusement : amies pour la vie. Elles réinterprètent à leur manière ce qu’elles voient et entendent, tandis que leurs parents se dépatouillent de leurs propres histoires.

Il y a là un papa cuisiniste (Denis Podalydès) qui, enfant, a survécu à la Shoa –l’histoire se passe dans les années 80, ça reste un jeune papa- ; une mama juive surprotectrice (Agnès Jaoui) ; une jeune mère célibataire sexy (Isabelle Carré) dont la cuisine est en vrac –l’histoire se passe dans les années 80, les divorcées faisaient-elles plus peur ?…

On parlera ou non de Du vent dans mes mollets dans la prochaine émission de CUTlaradio, en attendant, Carine Tardieu réagit aux films suivants.

LA TÊTE DE MAMAN (Carine Tardieu) :

Eh bien c’est mon premier long métrage. C’est une histoire très personnelle à nouveau et qui a pour point commun avec Du vent dans mes mollets d’être l’histoire d’une jeune fille qui finalement insuffle de la vie autour d’elle. Et notamment dans la vie de ses parents. Finalement, ce point commun que j’ai compris que j’avais tendance à mettre dans tous mes films, c’est que beaucoup de choses partent de l’enfant : c’est l’enfant qui insuffle la vie à sa famille… Alors, la question, c’est : est-ce que c’est une métaphore pour dire que l’enfant en nous a besoin de se réveiller pour secouer l’adulte qu’on est devenu ? Si tant est qu’on devient adulte un jour ? Voilà… En tout cas ça m’inspire qu’il y a une thématique clairement commune entre, on va dire : mes deux premiers courts métrages, mon premier long et mon deuxième.

DIABOLO MENTHE (Diane Kurys) :

C’est marrant, on y a pensé de temps en temps en écrivant Du vent dans mes mollets… Je ne l’ai pas revu depuis très longtemps, j’ai le souvenir d’une grande tendresse pour cette jeune fille, l’héroïne. Et je me souviens très bien de la chanson (NDLR : fredonnant) : « dans les classeurs de lycée »… Pourquoi, je ne sais pas ! Faut croire que ça m’a marqué… La drôlerie, les années 80 aussi…

CUT : C’est les années 60 en fait, la génération de Diane Kurys j’imagine…

Carine Tardieu : Ah ? Alors c’est moi qui y ai projeté ma propre enfance ! Ça veut dire que si on réussit un film, et je trouve que Diabolo menthe est un film très réussi puisqu’il nous a marqué pour beaucoup, finalement l’important c’est ce que les spectateurs projettent. Si ça se trouve, le film se serait passé au 19e siècle et j’aurais dit : oui, les années 80, formidable !… En fait c’est marrant, parce que je ne me souviens pas très bien du film, c’est plus une ambiance générale. Une certaine tendresse et de la drôlerie.

LE SKYLAB (Julie Delpy) :

Ah oui. Je l’ai vu. Je l’ai trouvé… En dehors du fait que j’ai trouvé que le film avait quelques longueurs, c’est un univers que j’aime beaucoup. Je ne connais pas du tout Julie Delpy, je ne l’ai jamais rencontrée, mais j’adore son univers en général. C’est marrant parce que quand j’ai vu ce film, j’étais déjà en montage du mien et on a une scène commune, qui est une scène de sexualité de Barbies –des enfants qui jouent avec des Barbies et qui leur font faire l’amour dans tous les sens : sa scène elle est à la fois très différente de celle de mon film, mais en même temps hyper réussie aussi dans son côté très fulgurant. Elle m’a beaucoup plu cette scène et je ne me suis pas dit : merde, elle aussi… C’est aussi parce que je considère qu’il est hors de question qu’il y ait de la concurrence entre les réalisateurs et qu’au contraire, s’il peut y avoir de l’émulation… En tout cas, je ne sais pas si elle aimerait mes films ou pas du tout, mais le point commun pour moi, c’est de raconter des personnages qui se remettent vraiment en question, qui sont dans des vraies problématiques intimes, mais toujours avec cette drôlerie. Il y a des scènes extraordinaires : le mari de Noémie Lvowsky qui fait tout un sketch sur l’aspirateur… Il y a des scènes qui me reviennent ; il y en à une qui m’a énormément émue –il y a des points communs avec Diabolo menthe aussi, et la Boum-, c’est cette scène de slow interminable, cette petite fille qui danse avec un garçon un peu plus âgé qu’elle, avec des yeux éperdus d’amour… Pour le coup, je trouve qu’il y a des longueurs dans le film, mais alors ça ! Pourtant c’est une scène qui est longue et elle prend son temps, mais alors je l’ai vécue avec un plaisir inouï… J’adhère totalement. Et puis elle a un énorme talent, en général c’est elle qui fait le montage, la musique, je trouve qu’elle dirige formidablement bien ses acteurs. Voilà, j’aime beaucoup.

STELLA (Sylvie Verheyde) :

Ah ça ! C’est un film que j’ai vu il y a longtemps, je me souviens très bien de l’ambiance, c’est un film qui m’avait beaucoup plu. Je me souviens d’une esthétique très belle –les années… 80 ? Quelque chose de beaucoup plus triste que dans mon cinéma, plus mélancolique que nostalgique j’ai envie de dire. Je me souviens que cette petite fille était formidable, Benjamin Biolay aussi… Oui, c’est un film qui m’avait beaucoup plu. C’est marrant parce que je pense que fondamentalement, du souvenir que j’en ai, cette petite fille me ressemble plus que les personnages de mes propres films. C’est-à-dire que moi, j’étais une petite fille un peu effacée, dans mon coin : j’ai le souvenir de cette petite fille un peu seulette dans ce bar, avec tous ces adultes autour… Dans mes films, j’ai tendance à faire vivre à mes personnages des choses que je n’ai pas vécues. Je transcende ! Du coup, dans mon souvenir, je pense que je me suis pas mal identifiée à cette petite fille, ça m’a beaucoup touché. C’est un joli film.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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