[cinéphilie :] Xavier Giannoli et Kad Merad

29 Août

Xavier Giannoli (réalisateur) et Kad Merad (acteur) étaient à Strasbourg pour présenter Superstar (sortie 29 août 2012).

Superstar, montre la vie d’un homme ordinaire (Kad Merad) inexplicablement bousillée quand de manière encore plus inexplicable il devient célèbre : on le reconnaît dans le métro, on veut son autographe, on le filme à la sauvette, les médias s’emparent férocement de ce phénomène et vogue la galère pour notre pauvre héros malgré lui !

On parlera ou non de Superstar dans la prochaine émission de CUTlaradio, en attendant, Xavier Giannoli et Kad Merad réagissent aux films suivants –attention, quelques fins sont dévoilées au passage : si vous n’avez vu ni The Truman Show ni Boulevard du Crépuscule, contournez éventuellement ces réponses-ci…

THE TRUMAN SHOW (Peter Weir) :

Xavier Giannoli : The Truman Show est un film de Peter Weir que j’aime beaucoup. L’histoire de Jim Carrey, un garçon filmé depuis sa naissance. Il ne sait pas qu’il est filmé, il va le découvrir et vouloir sa liberté. Evidemment, c’est un film sur l’hyper médiatisation d’un inconnu, vous imaginez que c’était prophétique, puisque c’était bien avant la téléréalité The Truman Show. C’est un film que j’admire beaucoup. C’est le même scénariste que pour Bienvenue à Gattaca. Jim Carrey est formidable. Et il y a un des plus beaux plans du cinéma contemporain pour moi, c’est quand à la fin Jim Carrey décide de s’évader du grand studio…

Kad Merad : Avec le bateau?

Xavier Giannoli : Absolument. Et qu’il touche le ciel avec sa main et que c’est un ciel en carton-pâte.

Kad Merad : J’ai adoré aussi. J’aime bien le moment aussi où il y a un projecteur qui tombe du ciel. Mais lui ne le voit pas. Non, mais c’est une idée géniale.

Xavier Giannoli : Oui, c’est un magnifique film.

Kad Merad : Je suis d’accord, c’est un film qui m’a marqué aussi. Grand film, grand acteur, grande idée, traitement magnifique.

Xavier Giannoli : Je ne sais pas si ça a été un succès à l’époque ?

Kad Merad : Si, The Truman Show ça a été énorme je crois.

Xavier Giannoli : Non, énorme je ne crois pas…

Kad Merad : Il faut demander à Nathalie Cieutat (NDLR : de chez Wild Side, elle accompagne l’équipe du film Superstar) – Nathalie, viens voir : est-ce que c’est un succès Truman Show ?

Nathalie Cieutat : C’est pas énormissime, mais quand même il a fait des entrées…

Xavier Giannoli : Et puis le film a eu une postérité extraordinaire surtout.

Kad Merad : Oui, c’est le plus important.

BOULEVARD DU CREPUSCULE (Billy Wilder) :

Kad Merad : Pas vu.

Xavier Giannoli : Sunset Boulevard est un de mes cinq films préférés au monde. L’histoire d’un scénariste à la ramasse, qui par hasard se retrouve dans la maison d’une star du muet. Cette star du muet vit dans sa maison comme dans un château et elle ne se rend pas compte qu’elle n’est plus une star, que le cinéma est devenu parlant et qu’elle n’est plus rien. Elle demande à ce jeune scénariste de lui écrire un film et ça va être leur histoire à tous les deux. C’est un personnage extraordinaire, elle s’appelle Norma Desmond. C’est un film que j’adore, où il y a un procédé de scénario extraordinaire qui est qu’en fait, tout le film a une voix off et on se rend compte à la fin que c’est la voix de quelqu’un qui est mort. C’est un film d’une poésie inouïe. Dedans il y a un personnage de majordome, qui est le domestique de cette star du muet, il est joué par Erich Von Stroheim, qui était un immense metteur en scène. Il s’occupe d’elle en lui faisant croire qu’elle est toujours une star. C’est un film extraordinaire. Bette Davies avait refusé le rôle… Et il y avait une scène à laquelle Erich Von Stroheim tenait beaucoup, qui était une scène où il devait laver les culottes de sa patronne, et Billy Wilder qui pourtant était quelqu’un de très ironique et très drôle, a dit : non, là on va trop loin. Et Von Stroheim disait : ben non, tu ne vas pas au bout du personnage, il faudrait faire ça. Ce film est à la fois drôle, émouvant, fou… Et puis c’est un film qui est évidemment important pour moi parce qu’il montre comment l’appétit de reconnaissance, ou le manque de reconnaissance médiatique peut rendre quelqu’un fou.

BRAZIL (Terry Gilliam) :

Kad Merad : Magnifique!

Xavier Giannoli : J’en ai un souvenir très confus.

Kad Merad : Je me souviens de De Niro qui fait une apparition… C’est un film totalement fou aussi, hallucinant. Mais c’est vrai que ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu…

Xavier Giannoli : Je me souviens d’un type qui inventait un univers, qui inventait quelque chose de visuellement extraordinairement riche, de formellement complètement fou. J’aurais du mal à en parler. Je me rappelle un monde déréglé, devenu fou… Evidemment ça m’intéresse parce qu’il y a l’ombre de Kafka sur ce genre d’histoires et moi ça m’amuse beaucoup les histoires kafkaïennes. Effectivement, il y a une zone de contact entre Superstar et ce genre de films je crois. Comme avec des films comme After Hours de Martin Scorsese ou Being John Malkovitch… Ces films où il y a une dimension fantastique qui s’invite d’un coup dans le quotidien et la réalité. Ça m’intéresse beaucoup ça.

LA POURSUITE IMPITOYABLE (Arthur Penn) :

Xavier Giannoli : Ça, ça m’intéresse sur : le cinéma comme une traque. C’est une sensation que j’aime beaucoup au cinéma. Un personnage traqué, le suspense de savoir s’il va s’en sortir, l’angoisse… Ça donne des films très dynamiques. C’est ce que fait Alfred Hitchcock. Ou des films comme Duel. Enfin bon, c’est l’ascendance gigantesque d’Hitchcock sur tout ça ! Le cinéma comme une traque, la poursuite. Cary Grant se retourne, un avion lui fonce dessus et il ne sait pas pourquoi… Ca a eu une très grande influence sur moi pour écrire Superstar ça. Par exemple dans La mort aux trousses, il ne sait pas pourquoi, d’un coup, tout le monde est à ses trousses ; dans Les oiseaux on se sait pas pourquoi tout d’un coup les oiseaux deviennent fous -ou dans Les dents de la mer, on ne sait pas pourquoi le requin devient fou ; ou dans Duel, on ne sait pas pourquoi d’un coup le camion veut la peau de ce brave automobiliste… La grande question, c’est : pourquoi? Pourquoi? Pourquoi? Dans Superstar, on voit bien que mon personnage qui est devenu célèbre sans savoir pourquoi aimerait bien savoir pourquoi. Est-ce qu’on va dire pourquoi, comment on va le dire ?… Voilà.

LE JOUR DU FLEAU (John Schlesinger) :

Xavier Giannoli : Ah ça, pour moi c’est trop embrumé, je n’en ai pas de souvenir.

CUT : Il y a une scène de lynchage…

Xavier Giannoli : Oui, mais… John Schlesinger, évidemment Marathon Man, c’est un cinéaste formidable… Le cinéma américain des années 70/80, les films de Martin Scorsese, de Sydney Lumet, de Brian De Palma, de… Surtout de Scorsese que j’admire par dessus tout ! Il y a un truc dans le cinéma américain, ils font pas mal de films comme Les hommes du président par exemple, ou même The Social Network d’une certaine façon – que j’ai vraiment beaucoup aimé… Ils s’interrogent beaucoup sur l’état de leur démocratie et sur la place de l’individu dans la société et ça, ça m’intéresse beaucoup. Ca créé des histoires où on a une empathie pour le personnage, on est avec lui, on a envie de le suivre et en même temps il est confronté à son époque, à la foule et à la société. Ça m’intéresse.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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