[cinéphilie :] Noémie Lvovsky

16 Sep

On veut tous savoir ce qu’il y a là-haut !

Noémie Lvovsky était à Strasbourg pour présenter son nouveau film, Camille redouble (en salles depuis le 12 septembre). Un film parfait pour la rentrée.

Noémie Lvovsky joue elle-même le personnage de Camille, qui revisite sa vie. C’est pratique, pour tout comprendre et tout changer – dans tes rêves ! C’est flippant, aussi, forcément. Camille redouble est un film dépressif et (donc ?) joyeux. Il y a un sentiment étrange qui habite le film, cette idée de vouloir sauter dans le vide – mais ayant pris soin d’accrocher un élastique avant. Camille redouble fait écho au précédent film de Noémie Lvovsky, Faut qu’ça danse !, et reformule cette grande question universelle « que se passe t-il après la mort ? » ainsi : « que se passe t-il après chacune de nos petites morts ? » Oui, c’est vraiment flippant.

Camille redouble est aussi un grand film d’amour.

Fatiguée mais (donc ?) joyeuse, Noémie Lvovsky se souvient des films qu’on lui soumet…

PEGGUY SUE S’EST MARIEE (Francis Ford Coppola)

C’est un film qui compte beaucoup pour moi, comme tous les films de Coppola. Et celui-là en particulier car je m’en sens très proche. Comme Jack, Outsiders ou L’homme sans âge. Je n’ai pas voulu le revoir pendant l’écriture de Camille redouble, ni pendant la préparation, le tournage ni même pendant le montage. En écrivant Camille redouble, je pensais écrire une histoire de remariage, je pensais que Eric et Camille se retrouvaient à la fin, et puis en jouant la scène finale du restaurant, j’ai eu l’intuition que ça ne se passait pas comme prévu, comme je le pensais… en jouant la scène… Et puis ça s’est confirmé au montage, où l’on a essayé plusieurs fins. Jusqu’à celle choisie pour le film. C’est à ce moment que j’ai su à quel point j’étais lié à Peggy Sue mais aussi à quel point mon film n’avait finalement rien à voir avec Peggy Sue. A part le voyage dans le temps et le fait que les acteurs jouent les personnages aux deux époques, évidemment.

LES BEAUX GOSSES (Riad Sattouf)

C’est un film que j’adore, vraiment je l’adore ! Tout m’intéresse dans ce film. De ce monde là, de ce que pense le réalisateur, de comment il voit le rapport entre les gens, les relations de pouvoir, en ayant une grande tendresse, jamais molle, parfois un peu cruelle, pour les plus faibles. C’est bizarre de parler de tendresse cruelle, mais c’est de la tendresse avant tout ! Riad se met dans ce camp là, celui des moches, avec qui les filles ne veulent pas sortir. Et puis Riad est une personne géniale, tout ce qu’il pense m’enrichit. Et j’espère qu’on fera encore beaucoup de films ensemble.

UNE FEMME SOUS INFLUENCE (John Cassavetes)

Ah… Pourquoi ? C’est un… chef d’œuvre ! Et puis c’est un personnage de femme comme on n’en avait rarement connu quand le film est sorti. Et puis l’alcool… Déjà à jouer ! Moi je ne pouvais pas boire une goutte, je ne peux plus boire une goutte. Je croise les doigts, j’espère que ça va durer. Parce que si je bois une goutte, je bois des tonneaux. Et vaut mieux plus. Et en préparation, je me demandais comment j’allais pouvoir jouer l’alcool sans alcool, et sans faire des singeries. Alors j’ai eu recours à des souvenirs. Mais il y a des choses physiques dans l’alcool, qui sont difficiles à trouver… J’ai beaucoup cherché… Alors avant chaque prise, je tournais sur moi-même, pour perdre l’équilibre et certaines notions, et retrouver cet état particulier, quand on est très bourré. Et puis il y a cette scène avec Jean-Pierre Léaud, qui joue un alcoolique abstinent depuis 25 ans, et qui attrape Camille pour lui dire : « donnez moi la force de changer les choses que je peux changer, le courage d’accepter les choses que je ne peux pas changer et la sagesse d’en connaître la différence. » Ce petit texte n’est pas de moi. C’est une prière ou incantation, je ne sais pas comment le définir, qu’on dit à la fin des réunions des Alcooliques Anonymes.

FAUT QU’CA DANSE (Noémie Lvovsky)

(Eclat de rires) C’est mon film d’avant. (Respiration) J’ai un truc bizarre avec ce film. Je n’arrive pas à le voir. Je ne l’ai jamais vu complètement fini, dans une salle, avec des spectateurs. Cinq ans ont passé… Je crois que c’est parce qu’il y a eu  toute une série d’embûches, de coups durs, même un drame pendant l’écriture et la préparation. En fait, j’étais devenu très proche, dans le travail et en dehors avec Claude Berri, qui avait produit mon précédent film, Les sentiments. Il comptait beaucoup pour moi, et il devait produire Faut qu’ça danse. Que j’ai écrit en partie pour lui. Puis il a eu un AVC (accident vasculaire cérébral). Il n’en est pas mort, mais il a eu des séquelles et il a fait une grosse dépression. Il m’a dit qu’il ne pourrait pas le produire mais j’ai refusé de l’entendre. Et pendant plus de 8 mois, je lui disais « mais si bien sûr, je vais t’attendre et tu vas le produire ». Il me répétait que non. Alors je faisais ce qu’on me disait de faire, un peu en pilote automatique, je cherchais un autre producteur… Et puis voilà, je suis arrivée sur le tournage… Et puis il a été dur à financer alors que ce n’était ni un film cher ni un film compliqué, mais avec un acteur principal âgé…  Donc je suis arrivée sur le tournage un peu fatiguée. Et puis il y a eu une sorte de tambouille entre le fait que je faisais ce film pour Claude, mais aussi pour mon père… Et puis à un moment Claude voulait jouer le rôle, puis il n’en était plus question, il ne pouvait plus, puis il est mort.  Donc c’est un souvenir un peu lourd. Je ne peux pas être spectatrice du film, pas aujourd’hui. Peut-être dans quelques années.

Propos recueillis par Romain Sublon

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