[agitation :] Le Mystérieux Dr Preminger

27 Oct

Ed. Capricci

Otto Preminger ne ferait-il pas partie de ces cinéastes révérés mais curieusement méconnus ? Nous sommes nombreux à chérir l’inoubliable Laura (1944) et son perfide narrateur, Waldo Lydecker (peut-être sommes nous moins nombreux à convoiter la baignoire-bureau de ce dernier – qui sait).  Le Mystérieux  Dr Korvo(1949), déjà, est moins (re)connu du grand public, en dépit de la présence hypnotique de Gene Tierney, star premingerienne par excellence. Bonjour Tristesse (1958), Autopsie d’un meurtre (1959), sont encore présents dans les esprits, tandis que Scandale à la cour (1945), Femme ou maîtresse (1947) ou plus tard Skido (1968) ont moins marqué les mémoires.

A l’occasion de la rétrospective organisée par le Festival del Film Locarno en 2012, les éditions Capricci proposent un très bel ouvrage qui a le mérite de nous rappeler nos scènes préférées et d’en évoquer d’autres, moins connues, en parvenant à susciter le désir, la curiosité, voire une forme raffinée de « nostalgie par anticipation ». L’œuvre de Preminger est évoquée en quatre grandes parties chronologiques, au travers desquelles courent des fils esthétiques et thématiques (l’« aveu impossible », par exemple) dont on sera heureux de suivre les apparitions et les transformations au cours du temps. On (re)découvrira avec bonheur certains films, certaines séquences analysés photogrammes à l’appui – exercice auquel se livre Olivier Eyquem pour Un si doux visage (1952), où l’on lit cette légende délicieuse : « Diane, hors-champ, commence à jouer sur son piano une mélodie d’une indicible tristesse : sa tentative d’assassinat vient d’échouer » (ici, on a peiné à ne pas se ruer dans une salle obscure, ou sur un dvd).

L’ouvrage parvient à concilier rappels, analyse et mise en bouche (si ce terme disgracieux nous est permis) : il s’adresse donc aux connaisseurs comme aux curieux. On y trouvera également quelques raretés, telles que le fac-similé d’un entretien avec Preminger paru en 1963 dans le numéro 2 de la revue bimestrielle Visages du Cinéma. La question de la réception, la perception changeante de l’œuvre et ses fortunes diverses sont également abordées – on notera ainsi, aux côtés de textes inédits, la réédition d’un très bel et intrigant article consacré en 1963 à Autopsie d’un meutre par Jean-Louis Noames – or ce dernier, nous est-il rappelé au détour d’une discrète note de bas de page, n’est autre que Louis Skorecki, dont les « Souvenirs oubliés d’Otto Preminger » servent de  préambule à l’ouvrage…

Grâce à ces études en facettes se dessine peu à peu un portrait précis (et assez émouvant) du réalisateur, battant en brèche certaines idées reçues. La première révélation, et non la moindre, étant que la « réputation de tyran sadique que Jean Seberg, terrorisée jeune fille par Otto dans Sainte Jeanne, répandit à Hollywood et ailleurs, venait en réalité de son frère, le terrible Ingo Preminger, agent d’acteurs très puissant à l’époque, et pas d’Otto lui-même ».

Jakuts

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