[à l’affiche:] LE QUAI DES BRUMES – Marcel Carné

31 Oct

Carlotta Films

Le film de Marcel Carné, avec Michel Morgan et Jean Gabin ressort, en salles et en dvd, dans une version restaurée de grande qualité. Que demande-t-on à une restauration ? A peu de choses près la même chose au cinéma qu’en peinture. D’un tableau noirci, au vernis craquelé, doit surgir une œuvre lumineuse, une seconde naissance. Le travail effectué sur le négatif rayé, perforé, taché est à la hauteur des attentes. Sans compter que tous les bruits sur la bande son (les chuintements, un écho étrange et des déséquilibres de volumes) ont été corrigés.

Le Quai des brumes se voit aujourd’hui comme les spectateurs l’ont vu en 1938, avant qu’il ne soit interdit une fois la Seconde Guerre mondiale déclarée. Les mésaventures d’un soldat déserteur dans un décor portuaire sombre, victime d’une histoire de moralité douteuse, avait de quoi inquiéter la censure. Pas question de montrer une société soi-disant pervertie et des militaires défaitistes.

Avec son air dégingandé et son petit chien qui le suit partout, Jean Gabin, dans le rôle principal, a un petit air de Charlie Chaplin. La misère sociale, qui règne dans ce drame crépusculaire, ajoute encore au sombre tableau. Reste le regard lumineux de Michèle Morgan (Nelly), en permanence souligné par la photo, et qui sert de fil conducteur à l’intrigue. C’est bien autour de son personnage que rôdent les vautours. Lucien, interprété par Pierre Brasseur, un voyou lâche qui se la joue grand prince. Mais surtout Zabel, joué par Michel Simon, le parrain pervers de Nelly, qui amène le malheur.

Michel Simon et Jean Gabin

Le Quai des brumes est le reflet d’une société d’avant-guerre, qui fonctionnait encore sur des images masculines, fortes, stéréotypées et pourtant bancales : le soldat (la force) est un déserteur tendre, le truand (la transgression) est un faible, le tuteur (le protecteur) un manipulateur. Le roman de Pierre Mac Orlan, adapté par Jacques Prévert, insiste sur cette rupture. Les dialogues désenchantés couronnent le tout : « Un homme et une femme, ils peuvent pas se comprendre, ils ont pas le même vocabulaire », dit Gabin. « Ils peuvent pas se comprendre, mais ils peuvent s’aimer », répond Morgan, seule figure de l’innocence.

Récompensé par le Prix Louis-Delluc en 1938 et au Festival de Venise, Le Quai des Brumes fait partie des œuvres emblématiques du cinéma français. A côté du célèbre « Atmosphère ?! Atmosphère ?! Est-ce que j’ai une tête d’atmosphère ? » d’Arletty, dans Hôtel du Nord (1938) du même Carné, figure le « T’as de beaux yeux tu sais ? », de Jean Gabin à Michèle Morgan dans ce somptueux Quai des brumes.

Franck Mannoni

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