[dvd :] BARBARA – Christian Petzold

1 Nov

Ed. Pyramide

On n’est pas Ours d’argent au Festival de Berlin pour rien, enfin rarement. Ce prix mérité de la mise en scène pour le cinéaste allemand Christian Petzold nous enseigne deux choses. La première : Barbara n’est pas une comédie. On ne serait pas au Festival de Berlin sinon. La seconde : il est loin le temps où le cinéma allemand était moribond, dominé par une production télé jugée plus inventive. Même si Petzold vient du court métrage et du petit écran, il s’est forgé, depuis une dizaine d’années, une excellente réputation dans le monde du 7e art. Sa collaboration avec l’actrice Nina Hoss (cinq fictions tournées ensemble), n’est pas étrangère à ce succès.

Tous deux nourrissent la même exigence et travaillent dans l’épure. Ils reviennent à un cinéma simple, ce qui ne veut pas dire simpliste. Petzold se concentre sur les cadres souvent fixes, une narration au présent, des jeux de lumières signifiants, un symbolisme assumé. Nina Hoss interprète des rôles expressionnistes, cultive les silences qui en disent long, les regards remplis d’histoires. Le tout sans être compassé : un numéro d’équilibriste. Dans Barbara, la tension est palpable, permanente, diffuse.

Nina Hoss et Ronald Zehrfeld

L’intrigue y est pour beaucoup. Dans la campagne est-allemande, en 1980, Barbara, médecin, intègre une clinique après avoir été mutée. On le comprend dès les premières scènes : la Stasi, la police politique, est derrière tout ça. Le collègue de Barbara, interprété par Ronald Zehrfeld, est chargé de la surveiller et de rédiger des rapports sur ses activités. Si Barbara est une victime du système dictatorial est-allemand, son collègue est à la fois victime et bourreau. Il n’adhère pas, mais collabore, par peur, par lâcheté peut-être. Entre Barbara et lui, jamais la confiance ne pourra s’établir. Barbara, qui a connu les geôles du pays, est rompue aux rouages du système. Jamais elle n’est dupe des attentions qu’on lui procure. Un mode de relation qui pèse sur toute la population. Inutile, en effet, d’inonder les logements de micros cachés. Il suffit que certains se soient fait pincer pour que tous se mettent à douter. La confiance n’existe plus : un inconnu, un proche, un membre de la famille, n’importe qui peut trahir. C’est ce climat de paranoïa permanente qui est très bien rendu par Petzold, en quelques plans de situation. Le cinéaste évite tout le décorum présent habituellement dans les films sur cette période : le musée des objets, les couleurs criardes…  Ici, les intérieurs sont pauvres, les couleurs blafardes.

Malgré tout, il semble qu’on vive matériellement bien dans ces campagnes de RDA, loin du misérabilisme souvent mis en image dans les grandes villes. Pas de queues dans les magasins, les promenades peuvent être bucoliques, et parfois même, on rit. Les agents de la Stasi, connus de tous, vivent aux côtés des habitants qu’ils persécutent avec zèle. Des sbires différents des policiers ubains en impers, représentants anonymes d’une coercition d’Etat. Une proximité qui met d’autant plus mal à l’aise : l’atmosphère est vite étouffante. Barbara, qui prépare sa fuite à l’Ouest, vit dans l’angoisse d’être démasquée.

Deux documentaires sont proposés en bonus. Une analyse du film avec extraits par Xavier Leherpeur (Ciné Live, Têtu) et un entretien avec Christian Petzold et Nina Hoss. Indispensables pour comprendre la démarche conjointe du cinéaste et de son actrice fétiche.

Franck Mannoni

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