[agitation:] 35e FFIV – Le palmarès

12 Nov

Le 35e Festival du film italien de Villerupt (54) s’est clos ce week-end, livrant un palmarès qui a privilégié tous les genres. Les précieux Amilcar, trophées sculptés d’après une œuvre de l’artiste Amilcar Zannoni, sont venus récompenser des films souvent engagés.

Romanzo di una strage, de Marco Tullio Giordana, titré Piazza Fontana en France et actuellement en salles, a ainsi reçu le Prix de la presse. Le cinéaste revient sur l’attentat qui a inauguré, en 1969, les années de plomb en Italie. Le 12 décembre, une bombe explose à la Banque Nationale de l’Agriculture à Milan, faisant 17 morts et 88 blessés. A ce jour, aucun des auteurs n’a été confondu devant la justice. En s’inscrivant dans la lignée des films citoyens de Francesco Rosi (La Trêve (1997)) et de Giuseppe Ferrara (Roma nuda (2011)), Marco Tullio Giordana s’attarde sur l’ambiance d’une époque. L’Italie, en pleine guerre froide, est un terrain de confrontation entre la CIA, les communistes et des loges franc-maçonnes politisées, comme la tristement célèbre Loge P2. C’est tout cela qui transparaît dans le drame de Giordana, qui reste profondément humain.

Pierfancesco Favino (à g.) dans Piazza Fontana

L’Amilcar du jury est revenu à I primi della lista (Les Premiers de la liste) de Roan Johnson, qui se situe dans la même période (1970), mais l’aborde sous un angle humoristique. Deux lycéens, Renzo et Fabio, rêvent de rencontrer Pino Masi, un chanteur militant, mythe de l’extrême gauche. Mais Pino est soucieux : il est persuadé qu’un coup d’Etat de droite est imminent dans la péninsule. Il convainc les deux jeunes gens de le suivre dans une cavale éperdue vers la frontière pour se mettre à l’abri. Sans aucun moyen de communication, les trois héros de la résistance passive n’ont aucun moyen de savoir que rien d’anormal ne se passe, ce qui provoque des situations cocasses à la file. Détail croustillant : l’histoire est vraie. En 1970, à la grande surprise des autorités autrichiennes, trois Italiens ont demandé l’asile politique, convaincus d’un changement de pouvoir dans la Botte.

Plus consensuel, mais complètement déjanté, La Kryptonite nella borsa (La Kryptonite dans le sac) d’Ivan Cotroneo a reçu l’Amilcar du jury jeune. Ivan Cotroneo, qui a travaillé sur la version italienne du magazine Rolling Stone est déjà connu comme scénariste. La Kryptonite, avec Valeria Golino, est son premier film en tant que réalisateur. En 1973, à Naples, Peppino, petit garçon de 9 ans, reçoit trois poussins pour se consoler d’une vie qui part en vrille. Son cousin, qui se prenait pour Superman, est mort dans un accident. Sa mère, jusqu’alors pleine de vie, a sombré dans un mutisme inexpliqué. Ivan Cotroneo pose un regard d’enfant sur des problèmes d’adultes et fait revivre l’ambiance des seventies : avec hippies et collectifs féminins à la clef. Un film feu d’artifices à la réalisation maîtrisée.

Thony et Luca Marinelli

Très mérité, l’Amilcar du public est revenu au très touchant Tutti i santi giorni (Chaque jour que dieu fait) de Paolo Virzì, avec Luca Marinelli en personnage lunaire et la chanteuse pop Thony, dont c’est le premier film et qui a aussi réalisé l’envoûtante BO. Guido, réceptionniste de nuit dans un hôtel, passionné de langues anciennes, doux et rêveur, mène une vie paisible avec Antonia. Tous deux essaient d’avoir un enfant, mais l’heureux événement tarde. S’ensuivent des doutes dans le couple, un passage par la médecine. Antonia, qui a gardé son côté rebelle d’adolescente punk, envoie tout balader. Mais Guido tente l’impossible pour la garder.

A noter aussi l’Amilcar des exploitants, décerné à Il rosso e il blu (Le Rouge et le Bleu) de Giuseppe Piccioni, sur la vie dans un lycée, avec son cortège de soucis éducatifs et relationnels et l’Amilcar de la ville offert à Luigi Lo Cascio, acteur, mais aussi réalisateur avec La città ideale (La Cité idéale), en compétition cette année au Festival.

En quinze jours de programmation, le FFIV aura diffusé quelque 70 films différents et balayé toute l’histoire du cinéma italien, avec un grand nombre de films à peine sortis en Italie et des avant-premières françaises. Une ambition qui n’a rien à envier aux manifestations sœurs d’Annecy et d’Ajaccio.

F.M.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s