[agitation :] ISOLE – Stefano Chiantini

15 Nov

Asia Argento (Martina)

Présenté dans la section Panorama du 35e Festival du Film Italien de Villerupt, Isole (Les Iles) raconte comment Ivan, un immigré clandestin albanais, se prend d’amitié pour un vieux curé impotent et tombe amoureux de Martina, une femme plongée dans un mutisme absolu.

Depuis quelques années, l’Italie s’interroge avec constance sur sa relation à l’Autre. Dans la presse transalpine, Stefano Chiantini explique ce phénomène : « En Italie, je le dis en le regrettant, il y a un rejet de l’Autre, de la différence, par ignorance, par méfiance. Nous vivons une situation sociale et économique très difficile. Celui qui est étranger à une communauté, à une famille, est considéré comme suspect, parce qu’il pourrait modifier l’équilibre existant » (Corriere della Sera, 16 septembre 2011). C’est tout cela qui transparaît dans Isole, tourné en 2011.

Asia Argento, dans le rôle de Martina joue une partition inédite pour elle, un jeu d’actrice sans parole. En clin d’œil, lors d’une rencontre après projection de son film au FFIV, Stefano Chiantini souligne que ce genre de travail n’avait pas déplu à la comédienne. « Asia n’aime pas voix, ce n’est pas un secret. Et lorsqu’elle a appris qu’elle n’aurait quasiment rien à dire, elle en a été enchantée. Elle a beaucoup travaillé sur le langage du corps, la gestuelle, sans exagération, sans caricature, tout en équilibre». Elle a d’ailleurs reçu le Golden Globe de la Meilleure Actrice (Italie) pour sa prestation. Au premier abord, on pourrait penser que ce mutisme se rapproche d’un diktat « Sois belle et tais-toi » venu d’un cinéma d’un autre temps. Il signifie plutôt, chez Chiantini, l’impossibilité de la parole après un traumatisme. Une figure de femme en état de choc, qui devient récurrente dans le cinéma italien actuel. Il paese delle spose infelice (Le Pays des épouses malheureuses) de Pippo Mezzapesa (2011) reprend à son compte ce type de personnage. Une femme qui vit dans la marginalité se terre dans un silence pesant. Alors que rien ne se dit, l’essentiel s’exprime.

Sans l’assumer complètement, Stefano Chiantini a tourné un film symboliste, plus que réaliste. Déjà, son intrigue se situe sur une île désolée, habitée par une quinzaine d’habitants. L’île en décor répond en écho aux trois personnages principaux (l’immigré, le curé et la muette) qui sont isolés dans leur détresse. Les abeilles que Martina élève ont, elles aussi, leur symbolique. Par leurs danses, elles communiquent entre elles, inventant un langage du corps qu’il s’agit de décrypter. Le moment où Martina est piquée par l’une d’entre elles es aussi le moment de bascule du personnage. Elle quitte sa vie recluse et accepte de s’ouvrir, ce que même les abeilles, ses amies de toujours, semblent avoir perçu, l’excluant de leur univers.

Stefano Chiantini au 35e FFIV

Quant au comportement bourru des insulaires, Stefano Chiantini a l’explication toute trouvée : « J’ai vécu sur ces îles pendant une année environ. Ce ne se sont pas des personnes qui se laissent approcher facilement. C’est un monde très fermé, peu disponible au contact avec ceux qui viennent du continent. Une fois accepté on fait partie de leur groupe. Si on leur rend visite, ça leur fait plaisir, mais si on s’en abstient, ça ne leur manque pas non plus. Ils sont comme ça ».

Isole n’a pas de date de sortie prévue pour la France. Pour le voir, restent les festivals divers, et un import dvd sous-titré en anglais.

F.M (article et traduction)

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