[agitation :] Giuseppe Ferrara

17 Nov

Giuseppe Ferrara et Elvira Giannini au 35e FFIV

A 80 ans, le cinéaste italien Giuseppe Ferrara s’est bâti une solide réputation d’empêcheur de tourner en rond. Toute sa carrière est construite autour d’une seule idée : dénoncer les criminels qui gangrènent la société italienne. La Mafia (Cent jours à Palerme avec Lino Ventura, 1984), les politiciens corrompus et les financiers véreux (I banchieri di dio, Les Banquiers de dieu, 2002), les terroristes (Guido che sfidò le Brigate rosse, Guido qui défia les Brigades rouges, 2007) : tous y passent.

Le 35e Festival du film italien de Villerupt lui a consacré un large portrait en diffusant quatre de ses films. Le réalisateur n’a pas manqué de se montrer finement rebelle en rencontrant son public. Car jouer la mouche du coche à longueur de temps a aussi ses revers : difficulté de production, distributeurs frileux, mise à l’écart des réseaux télévisuels, sortir un film dérangeant a tout du parcours du combattant.

Dans I banchieri di dio (Les Banquiers de dieu), Ferrara s’attaque au vaste scandale survenu en 1982, lorsque la Banque Ambrosiano se retrouve impliquée dans le financement illégal de partis politiques. L’établissement blanchit aussi de l’argent pour la Mafia et arrose copieusement les élus. Derrière l’Ambrosiano se tient, en fait, une autre banque, l’IOR, la banque du Vatican. De manière très pédagogique, sans rien ôter au suspense, Ferrara mène son enquête comme un thriller. Il suit la dérive de Roberto Calvi, directeur de l’Ambrosiano. Calvi, qui se sent pris au piège, sonne à toutes les portes : le Saint-Siège, les politiques, les services secrets, la pègre. Au fur et à mesure que la nasse se resserre et que les cadavres s’accumulent, la tension monte.

Ferarra raconte : « Comme, nous n’aurions pas obtenu les autorisations de tourner un tel film au Vatican, nous avons réalisé toutes les scènes romaines à Turin, dans le palais des Savoie. J’y montre un pape à visage humain, même si je l’ai toujours filmé de dos, par respect. Mais, enfin, il fait du sport et couvre un politicien véreux ».

Rien que pour voir Rutger Hauer (Blade Runner) en soutane de cardinal, le film vaut le détour. On préférera en revanche une version dvd en Vost, le doublage français est une catastrophe (dialogues non mimétiques, tirades décalées…).

Rutger Hauer et Omero Antonutti (R. Calvi)

Avec Guido che sfidò le Brigate rosse (Guido qui défia les Brigades rouges), Ferrara a voulu rendre hommage à Guido Rossa, un syndicaliste proche du PC italien, qui a été assassiné par les Brigades rouges en 1979. Un héros oublié qui a toujours lutté contre la lutte armée. Le cinéaste assume clairement son choix : « Je n’ai jamais pensé aux risques en faisant ce film. J’ai fait une œuvre contre les Brigades rouges où je les traite d’imbéciles. Mais je ne suis pas le premier. Des essais de Morante et de Sciascia sont allés dans ce sens. Sciascia parle d’imbécilité mortelle ».

Elvira Giannini, qui joue le rôle d’une brigadiste enchaîne : « Derrière les imbéciles, il y a les grands pouvoirs, qui n’agissent que pour leurs intérêts. Eux ne sont pas des imbéciles. Le terrorisme était alors international, avec des ramifications en France. Dans ce film, Ferrara nous a demandé d’interpréter les brigadistes de manière très froide, comme ils étaient en réalité, sans qu’aucune sympathie soit possible. J’ai beaucoup travaillé sur leur vocabulaire en rencontrant d’anciens militants».

Elvira Giannini

Comme à son habitude, Ferrara a aussi inséré des images d’archives, notamment sur la découverte du corps de l’ancien président du Conseil Aldo Moro en 1978, lui aussi tué par les Brigades rouges. Un léger défaut sur l’image se comprend facilement grâce aux explications amusées du cinéaste : « Pour la ressemblance avec Guido Rossa, Massimo Ghini portait un postiche pour paraître un peu chauve. Mais il faisait tellement chaud que le tournage était vraiment difficile pour lui. Quand il a eu l’opportunité de jouer dans un film commercial en Floride, je lui ai donné mon autorisation pour qu’il s’y rende, en remerciement de son investissement. A son retour, il était complètement bronzé et plus du tout raccord avec les scènes déjà tournées ! J’ai corrigé ce défaut en éclaircissant l’image sur le numérique, mais du coup certains des autres personnages paraissent parfois un peu palots ».

Le cinéma tient à peu de choses parfois.

F.M (article et traduction)

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