[cinéphilie :] Olivier Assayas

18 Nov

La jeunesse, cette racaille.

Olivier Assayas était à Strasbourg pour présenter son nouveau film, Après mai (sortie le 14 novembre 2012).

On pourrait croire à une fresque post soixante-huitarde, il n’en est rien ! Olivier Assayas filme la jeunesse, son énergie, son engouement, son sens politique mais aussi une forme d’inconséquence. Après mai est très réussi quand ça ne parle pas ; les corps, les lieux, les déplacements et les silences sont d’une qualité oubliée. Puis, quand vint la parole, elle tourne très vite au bavardage et on se prend à rêver d’un film muet. Après mai marque un tournant dans la filmographie d’Assayas. Ou un retour en arrière ; un joli film, fragile comme l’époque dont il se souvient.

Nous parlerons ou non de Après mai dans la prochaine émission de CUTlaradio, en attendant Olivier Assayas réagit à une petite série de films.

NE EN 68 – Olivier Ducastel & Jacques Martineau

Je passe.

LE SEL DE LA TERRE – Hervert J. Biberman

Je ne l’ai pas vu donc je ne vais pas en dire grand’chose de passionnant. Mais enfin, c’est un film engagé, par un des premiers cinéastes blacklisté n’est ce pas ? C’est un film qui relève d’une tentative de faire du cinéma politique à l’intérieur de l’industrie. Ce qui a porté ses fruits. Un cinéma d’inspiration sociale au sein d’Hollywood. Il a été courageux et a payé de sa personne, on peut lui dire merci pour cela. Il n’a plus beaucoup fait de cinéma par la suite, mais il a pu montrer que c’était possible.

LA CICATRICE INTERIEURE – Philippe Garrel

Pour moi c’est le grand film français des années 70. IL y a principalement un grand cinéaste français des années 70, c’est Philippe Garrel. Il est en prise avec quelque chose de l’époque, il vient de l’influence de la Nouvelle Vague, il prend fait et cause pour ce qui est en train de se transformer dans le monde et va vers une pratique expérimentale. Qui résonne au delà de Paris et de la France et qui s’inscrit dans le mouvement de son époque ; il va chercher Nico, il filme dans le désert. Je pense aussi au Berceau de cristal ou Voyage au jardin des morts. Son travail m’a beaucoup marqué.

DEAMONLOVER – Olivier Assayas

Disons que je peux en parler. Mais je vais en parler brièvement sinon je serais obligé d’en parler longuement. C’est vrai que c’était une tentative de cinéma politique dans le cadre du cinéma français. Politique dans le sens en prise avec la matière du contemporain dans ce qu’il a de plus dérangeant et troublant. C’est un film fait sur la provocation et en aucun cas sur le consensus. Quand je fais Après mai, je mets en scène un chemin vers l’expérimental, avec Deamonlover je le mets en pratique.

UN AMOUR DE JEUNESSE (Mia Hansen-Love)

Un amour de jeunesse est davantage déterminé par les sentiments, et puis c’est à une autre époque, et puis il y a un mélange de fiction et d’autobiographie. Mais c’est évident qu’il y a un dialogue constant entre Mia et moi, une influence visible et invisible de l’un sur l’autre. Elle m’a communiqué ce désir de revenir vers un cinéma déterminé par la question de la jeunesse. Dans Boarding gate, L’heure d’été ou Carlos, je m’étais éloigné de cette question. Et Mia m’a rappelé ce qu’il y avait d’essentiel au cinéma dans la question de la jeunesse.

JOE HILL – Bo Widerberg

Bon, là je suis probablement un des seuls à l’avoir vu, puisque littéralement c’est un film invisible. En tout cas très difficile à voir. On peut le trouver dans de très mauvaises versions, en téléchargement depuis une VHS. Je l’ai vu à l’époque. Bo Widerberg est l’un des grands cinéastes des années 70, on va le redécouvrir c’est obligé ! Adalen 31, Quartier corbeau etc. C’est un très grand cinéaste ! Je le vois comme un Pialat suédois, plus politique encore ! Il raconte avec un certain lyrisme des épisodes de l’histoire du mouvement ouvrier. Dans Joe Hill, il raconte le début du syndicalisme libertaire aux Etats-Unis. A travers Joe Hill qui était un immigré suédois qui est devenu une sorte de vagabond qui a pris fait et cause pour les ouvriers ; il en est devenu le poète. Il a écrit des chansons, pas beaucoup mais sublime. Puis il a été arrêté dans l’état de Utah, chez les Mormons dont Mitt Romney est le descendant (entretien réalisé avant les élections, ndlr), puis il a été jugé, condamné à mort et exécuté. C’est une magnifique figure emblématique du syndicalisme révolutionnaire aux Etats-Unis et le film de Witerberg est sublime.

Propos recueillis par Romain Sublon

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