[augenblick :] DREILEBEN – La trilogie

19 Nov

Christoph Hochhäusler au Festival Augenblick

Christian Petzold, Dominik Graf et Christoph Hochhäusler, trois réalisateurs à l’origine de l’école de Berlin, incarnent le renouveau du cinéma d’outre-Rhin. Une dynamique que l’on compare souvent à ce que fut, à la fin des années 1950, la Nouvelle vague française. Le trio a créé, en 2011, la trilogie Dreileben sur un postulat : raconter, chacun dans son style, un même fait divers, à savoir la traque d’un évadé accusé de meurtre, et recherché autour d’une petite ville de Thuringe.

Christoph Hochhäusler, présent lors de la diffusion des trois films dans le cadre du Festival Augenblick à Strasbourg en a détaillé la genèse : « Nous discutions déjà beaucoup de notre vision du cinéma par courriels. Un jour, nous nous sommes demandés si nous ne pouvions pas poursuivre cette recherche dans le cadre d’un projet cinématographique. Truffaut disait : La meilleure critique de film consiste à réaliser un film qui critique tous les autres. Chaque film de la trilogie partage un lien, un lieu, des personnages. Ils se répondent en écho ».

D’un point de vue formel, les trois cinéastes partagent une même esthétique : des tournages en extérieurs, des prises de son ambiantes, une lumière naturelle, la recherche de cadres simples et signifiants. Chacun garde pourtant son style propre.

Christian Petzold, qui suit le point de vue d’un jeune aide-soignant, reprend à son compte deux thématiques déjà présentes dans Barbara (2012) : le milieu hospitalier et l’eau (ruisseaux, lacs,…). Comme à son habitude, il soigne les décors qui sont, pour lui comme pour ses compagnons de création, composés de strates de souvenirs. Chez Petzold, les plans sont composés comme des tableaux, le montage est réduit, le découpage lent, les dialogues minimalistes. Le spectateur s’imprègne. Il est libre du regard qu’il pose sur chaque saynète, et s’y promène comme dans une œuvre à part entière. Dans ce premier volet (Etwas Besseres als den Tod, Trompe la mort) tout tourne autour de la relation conflictuelle entre l’aide-soignant, sa petite-amie et son ex-petite amie.

Jacob Matschenz et Luna Mijovic (Trompe la mort)

Chez Dominik Graf (Komm mir nicht nach, Ne me suis pas) le personnage de la psychologue de la police, qui apparaît furtivement dans l’opus de Petzold, devient le personnage central. Un autre trio occupe toutefois le cinéaste. Celui formé par la psy et un couple d’amis chez qui elle loge. La policière et son hôte s’aperçoivent qu’elle sont sorties avec le même homme, en même temps, et sans le savoir. Sur fond de chasse à l’homme, cette prise de conscience brouille leur relation. Contrairement à Petzold, Graf privilégie un montage beaucoup plus haché, des dialogues abondants, l’utilisation du champ-contre-champ, des plans serrés. Il guide beaucoup le regard du spectateur, n’hésite pas à lui montrer ce qu’il faut voir et à quel moment. Graf dit les choses, Petzold les symbolise. Petzold est souvent dans un au-delà de la parole.

Misel Maticevic, Susanne Wolff et Jeanette Hain (Ne me suis pas)

Christoph Hochhäusler (Eine Minute Dunkel, Une minute d’obscurité) adopte quant à lui le point de vue du fugitif, dont on apprend peu à peu l’histoire. En parallèle, on suit l’enquête d’un policier qui joue les profileurs et cherche à comprendre le fonctionnement du fuyard. Les scènes avec l’évadé, qui se réfugie dans la forêt, contrastent avec toutes les scènes urbaines. Pulsions primaires contre verni social, nature contre culture, les oppositions s’imposent. Pour mettre le spectateur dans la peau de l’homme traqué, Hochhäusler n’hésite pas à tourner en caméra subjective. Il rend plus primaire ce personnage de tueur, sans pour autant oublier sa dimension humaine.

La traque (Une minute d’obscurité)

Ces trois projets où les personnages se croisent montrent au final que l’existence de chacun peut être digne d’intérêt. Un inconnu passe dans le champ du premier film, on l’oublie, mais c’est tout son univers qui se retrouve développé dans le second. Scénarisé, filmé, symbolisé, un parcours fait toujours sens. Pourvu que le regard qu’on pose sur lui soit suffisamment ouvert. Le cinéma de l’école de Berlin ne se résume pas seulement un ensemble de procédés formels, c’est aussi un cinéma humaniste.

F.M. (traduction sur place de Valérie Carré, maître de conférences)

Note : Lundi 19 novembre à 20h au cinéma Star, Christoph Hochhäusler dispensera une Master Class, suivie d’une projection de son deuxième film L’Imposteur.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s