[dvd :] Albert Londres – prix 2012

22 Nov

Ed. Montparnasse

 C’est le troisième DVD des prix Albert Londres proposé par les Editions Montparnasse, en collaboration avec la Scam, la société civile des auteurs multimédia. Il y avait eu le coffret Grands reporters, les films du prix Albert Londres, rassemblant tous les reportages primés depuis la création du prix de l’audiovisuel, en 1985. Puis Albert Londres, prix 2011. Voici donc, pour n’en manquer aucun, Albert Londres, prix… 2012 ! Le coffret propose un DVD, celui du film primé cette année, Zambie, à qui profite le cuivre et un livret des reportages en Libye d’Alfred de Montesquiou, pour lesquels il a reçu le prix de la presse écrite.

Ce bon vieil Albert Londres voulait mettre « la plume dans la plaie », parler de ce qui fait mal, de ce qui dérange, de ce qui est souvent tu. Noble intention qui prend aujourd’hui parfois une résonance un peu grandiloquente. Être journaliste, est-ce dénoncer ou informer ? Deux missions de prime abord complètement contradictoires. Dénoncer, c’est s’engager, prendre parti. Informer, c’est tout le contraire. C’est garder de la distance, ne jamais se positionner. A priori, il est plus noble de dénoncer mais cela demande d’être nettement plus habile afin que le spectateur ne se sente pas manipulé. Bref, pourquoi cette introduction ? Parce que dans Zambie, à qui profite le cuivre, Audrey Gallet et Alice Odiot parviennent justement à réconcilier ces deux missions journalistiques. C’est un film modeste et pourtant redoutable, une enquête au long cours, courageuse et bien menée que la profession a tenu à couronner, en lui décernant le prix le plus prestigieux. On ne peut que s’en féliciter.

Choisir de parler de l’exploitation du cuivre en Zambie, ce n’est pas anodin. Ce n’est pas l’actualité qui l’impose, c’est un parti pris par ces deux journalistes, celui de mettre un coup de projecteur sur un pays dont on ne parle jamais et où il y a pourtant tant à dire. Le commentaire explique d’entrée de jeu que c’est l’un des pays les plus pauvres d’Afrique et en même temps l’un des plus riches en cuivre. Depuis la privatisation du secteur minier, c’est Glencore, une multinationale leader dans le négoce de matières premières, qui se gavent, au nez et à la barbe du peuple zambien. Audrey Gallet et Alice Odiot racontent comment un groupe d’habitants décident de se battre pour trainer Glencore en justice. Noble cause, c’est David contre Goliath. Ici, les journalistes ne se battent pas, elles ne font que raconter un combat. En cela, elles ne sortent pas de leur rôle d’informatrices. Pourtant,  après sa diffusion sur France 5, le reportage a fait avancer la cause des Zambiens. Glencore en est sortie affaiblie et les habitants ont obtenu gain de cause sur certaines de leurs revendications.

La démarche est tout à fait différente en ce qui concerne le prix de la presse écrite – rappelons que chaque année, le jury Albert Londres décerne un prix de l’audiovisuel et un prix de la presse écrite. C’est un journaliste de Paris Match, Alfred de Montesquiou qui a été récompensé pour son journal de la révolution libyenne. Il traite ici d’une actualité brûlante, c’est du grand reportage de guerre, au sens le plus classique du terme. Alfred de Montesquiou a risqué sa vie, notamment pendant le siège de Misrata pour raconter comment un peuple se soulevait contre son dictateur. C’est un excellent travail journalistique, dans lequel on ressent la proximité du journaliste avec les événements. C’est efficace mais contrairement à l’expérience assez unique d’Audrey Gallet et Alice Odiot, Alfred de Montesquiou reste impuissant face aux événements qu’il raconte.

Remercions tout de même les Editions Montparnasse d’avoir entrepris ce travail d’édition de tous les prix Albert Londres. Les journalistes font des films pour qu’ils soient vus et souvent les reportages d’actualité n’ont le droit qu’à une ou cas exceptionnel, deux diffusions télé, ce qui fait peu, vous en conviendrez… Petit bémol : l’éditeur, dont ce n’est certes pas le métier, a mis peu de moyens dans la mise en page des reportages d’Alfred de Montesquiou. C’est assez indigeste et il faut être particulièrement motivé pour aller au bout. Il faut par exemple se munir d’une loupe pour lire les quelques légendes photos qui agrémentent le livret.

Fanny Lépine

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