[augenblick :] LE MUR INVISIBLE – Julian Pölsler

28 Nov

Martina Gedeck

L’être humain est-il soluble dans la nature ? En compétition au Festival Augenblick, à Strasbourg, le premier film de Julian Pölsler pose la question. Adapté du roman de Marlen Haushofer, cette fiction se refuse à tout classement. Film catastrophe minimaliste, œuvre fantastique, essai poétique, thriller sauvage, conte philosophique ? Le Mur invisible (Die Wand) est un peu tout cela à la fois.

Si Julian Pölsler en est à sa première réalisation pour le 7e art, il a déjà une longue carrière derrière lui initiée en 1991 pour la télévision. Il est roué aux techniques de narration. Il a fallu qu’il puise dans son savoir accumulé pour porter à l’écran un roman réputé inadaptable. La voix narrative omniprésente, récit permanent, résout la question des dialogues et impose l’image comme un après du discours. Le visuel illustre ce qui est dit, lui donne de l’ampleur et de la profondeur. Les paysages de la Haute-Autriche – vallées encaissées, sommets enneigés et forêts profondes – donnent une ambiance tantôt féérique, tantôt sépulcrale à ce huis clos en plein air.

Venue dans un pavillon de chasse pour un court séjour, une femme perd le contact avec les deux amis qui l’accompagnaient. Seule avec leur chien, elle tente de rejoindre le village le plus proche, mais se heurte à un mur invisible, qui l’enferme au cœur de cette vallée glaciaire. D’anxieuse, la recluse devient angoissée. L’espoir laisse place à la révolte, puis au désespoir. La pensée, qui tourne en boucle, la confine à la folie. Autour d’elle, tout est nature et le temps semble arrêté. Privée de technologie, d’urbanité, elle retourne, non pas à une vie animale, mais à une vie primitive. Satisfaire ses besoins les plus élémentaires : manger, se chauffer, bref, survivre, devient sa seule occupation. Et tenir un journal pour ne pas perdre la raison. De la crainte d’être seule (et de mourir seule), elle passe à celle de ne plus l’être : et si d’autres avaient survécu dans cet bulle hors du monde civilisé ?

Julian Pölsler, s’il n’évite pas quelques lenteurs et quelques plans convenus (le chien qui court au ralenti notamment), accompagne très bien l’évolution psychologique de son personnage unique. Il montre admirablement que la nature n’est ni bonne ni mauvaise en soi, ni inquiétante ni conciliante. Tout dépend du regard de l’humain qui la parcourt. En cela, la nature est implacable, et se refuse à toute récupération. La survivante n’est pas l’idéaliste d’Into the Wilde, elle n’est pas l’aventurier imprudent de 127 Heures, la warrior de The Descent. Elle n’est pas croyante, ni en en dieu ni en une Nature créatrice. Elle est juste réduit à sa plus simple existence, dans un milieu qui évolue sans cesse, au rythme des saisons, et qui lui demande de s’adapter.

Le Mur invisible a reçu le Prix oecuménique au Festival de Berlin 2012 (date de sortie du film : 13 mars 2013).

F.M.

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